{"id":536,"date":"2018-04-16T17:59:17","date_gmt":"2018-04-16T15:59:17","guid":{"rendered":"http:\/\/alexiskaracostas.fr\/?p=536"},"modified":"2018-04-16T18:18:54","modified_gmt":"2018-04-16T16:18:54","slug":"discours-douverture-du-congres-dottawa-9-septembre-2004","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/alexiskaracostas.fr\/?p=536","title":{"rendered":"\u2666 Discours d&rsquo;ouverture du Congr\u00e8s d&rsquo;Ottawa, 9 septembre 2004"},"content":{"rendered":"<h5 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">Madame le Ministre de la Culture charg\u00e9e des Affaires Francophones,<\/span><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">Monsieur le Pr\u00e9sident de Reach Canada,<\/span><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">Monsieur le Pr\u00e9sident du Comit\u00e9 de pr\u00e9paration du congr\u00e8s,<\/span><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">Mesdames, Messieurs, Chers Coll\u00e8gues et Amis,<\/span><\/h5>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">C\u2019est un tr\u00e8s grand honneur pour moi de me trouver aujourd\u2019hui parmi vous \u00e0 l\u2019invitation du comit\u00e9 d\u2019organisation du congr\u00e8s et de M. Ren\u00e9 Rivard que je remercie vivement. Cela fait de fort nombreuses ann\u00e9es que Ren\u00e9 Rivard et moi nous connaissons. Nous avons tiss\u00e9 une solide amiti\u00e9 \u00e0 travers nos activit\u00e9s communes dans le domaine de la sant\u00e9 mentale et de la surdit\u00e9. Les contributions de Ren\u00e9 ont toujours \u00e9t\u00e9 extr\u00eamement vari\u00e9es et utiles. Au niveau international, il participe depuis longtemps aux travaux de la Soci\u00e9t\u00e9 europ\u00e9enne de sant\u00e9 mentale et surdit\u00e9, il a constitu\u00e9 et mis \u00e0 disposition des chercheurs du monde entier une pr\u00e9cieuse banque de donn\u00e9es bibliographiques, il \u00e9crit des articles appr\u00e9ci\u00e9s dans des revues parmi lesquelles la revue francophone \u00ab\u00a0Surdit\u00e9s\u00a0\u00bb, il fait de nombreuses interventions dans des colloques et symposia. Je connais moins dans le d\u00e9tail son action au niveau canadien mais je sais le r\u00f4le majeur qu\u2019il a jou\u00e9 dans la pr\u00e9paration de ce premier congr\u00e8s canadien de sant\u00e9 mentale et surdit\u00e9. C\u2019est dire qu\u2019il est un travailleur infatigable qui a toujours \u0153uvr\u00e9 pour jeter des ponts entre les cultures. Du fond du c\u0153ur, je t\u2019adresse, Ren\u00e9, ce t\u00e9moignage renouvel\u00e9 de ma reconnaissance.<\/span><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">Et si j\u2019ai accept\u00e9 cette invitation, c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment dans ce m\u00eame objectif, pour contribuer \u00e0 mon tour, comme lui, comme vous tous, \u00e0 des \u00e9changes qui fa\u00e7onnent incessamment un monde nouveau. Je me sens \u00e9mu et aussi un peu intimid\u00e9 d\u2019ouvrir ce congr\u00e8s au programme si riche et prometteur. \u00c0 un niveau tr\u00e8s personnel, comme praticien fran\u00e7ais de la sant\u00e9 mentale, je suis venu avec l\u2019intention d\u2019en savoir plus sur vos pratiques, d\u2019\u00e9largir mon horizon mental et je compte bien aussi conna\u00eetre enfin un tant soit peu ce beau pays qu\u2019est le Canada et dont mes pieds viennent de fouler le sol pour la premi\u00e8re fois. Mais mon \u00e9go\u00efsme foncier ne saurait me faire oublier que je suis venu \u00e0 votre rencontre avant tout et surtout au titre de la Soci\u00e9t\u00e9 europ\u00e9enne de sant\u00e9 mentale et surdit\u00e9 (ESMHD) que je repr\u00e9sente ici. J\u2019ai ainsi le tr\u00e8s grand honneur de transmettre au comit\u00e9 d\u2019organisation de ce congr\u00e8s et aux congressistes ici pr\u00e9sents les chaleureuses salutations du Conseil et du Comit\u00e9 Ex\u00e9cutif de l\u2019ESMHD, ainsi que leurs v\u0153ux de soutien envers tous ceux qui \u0153uvrent \u00e0 promouvoir le d\u00e9veloppement, sous toutes ses formes, de soins de sant\u00e9 et de sant\u00e9 mentale adapt\u00e9s aux besoins de la population sourde. L\u2019ESMHD a toujours \u00e9t\u00e9 et sera toujours pr\u00e9sente aux c\u00f4t\u00e9s de ceux qui luttent contre toutes les discriminations, pour la reconnaissance des droits fondamentaux des citoyens sourds, en mati\u00e8re de sant\u00e9 comme dans les autres domaines.<\/span><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">Depuis une vingtaine d\u2019ann\u00e9es, un immense chantier s\u2019est ouvert dans de nombreux pays. Les membres de nombreuses communaut\u00e9s sourdes et des professionnels de sant\u00e9 se sont unis entre eux et \u00e0 bien d\u2019autres acteurs de la soci\u00e9t\u00e9 civile pour instaurer de nouvelles pratiques institutionnelles. In\u00e9vitablement, et ajouterai-je, heureusement, ce mouvement a entra\u00een\u00e9 le d\u00e9veloppement d\u2019un d\u00e9bat \u00e9thique, et c\u2019est aujourd\u2019hui sur ces deux terrains, celui des nouvelles pratiques professionnelles et celui de l\u2019\u00e9thique de ces actions que, dans le cadre de ce congr\u00e8s, nous aurons \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir. L\u2019\u00e9thique doit guider chacun de nos pas mais elle se forge aussi en marchant, elle ne pr\u00e9existe pas tout enti\u00e8re au chemin que l\u2019on parcourt. Je vais donc essayer de pr\u00e9senter tout \u00e0 la fois des pratiques et les grandes lignes du d\u00e9bat \u00e9thique au carrefour de la surdit\u00e9, de la sant\u00e9 et de la sant\u00e9 mentale.<\/span><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">Globalement, il est possible de dire que les pratiques institutionnelles et les id\u00e9ologies s\u2019articulent autour de deux tendances. La premi\u00e8re tendance se focalise sur la notion de d\u00e9ficit sensoriel (auditif et\/ou visuel) et met donc en exergue le manque, le d\u00e9faut qui serait \u00e0 combler. La seconde met au contraire l\u2019accent sur la relativit\u00e9 du ou des d\u00e9ficits sensoriels par rapport aux autres sens existants et mise sur les strat\u00e9gies globales originales, individuelles et sociales, que les sourds, malentendants ou sourds-aveugles sont capables de mettre en \u0153uvre pourvu qu\u2019ils rencontrent un environnement favorable.<\/span><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">Les tenants de la premi\u00e8re tendance voient dans la surdit\u00e9 un mal absolu qu\u2019il faut combattre r\u00e9solument, soit par la pr\u00e9vention, soit par la r\u00e9paration. La pr\u00e9vention de la surdit\u00e9 intervient sur plusieurs terrains comme celui de la surveillance de la grossesse, le d\u00e9pistage n\u00e9onatal et le bilan g\u00e9n\u00e9tique. Les techniques r\u00e9paratrices sont d\u2019ordre m\u00e9dical, chirurgical, audiologique et orthophonique. Centr\u00e9e sur l\u2019organe d\u00e9ficient, la r\u00e9paration a pour enjeu fondamental la r\u00e9cup\u00e9ration auditive et, par voie de cons\u00e9quence, le recours aussi naturel que possible \u00e0 la langue \u00e9crite et \u00e0 l\u2019expression orale du pays o\u00f9 ont lieu les \u00e9changes interhumains. L\u2019objectif, dans cette perspective, est (sur le plan audiologique comme sur le plan identitaire et social) que le sourd devienne autant que possible entendant. Face \u00e0 la surdit\u00e9, on \u00e9rige un front du refus. La vis\u00e9e r\u00e9paratrice mobilise sourds, professionnels, enseignants et parents vers l\u2019entendance.<\/span><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">Dans la seconde perspective, la surdit\u00e9 est per\u00e7ue comme une donn\u00e9e irr\u00e9versible, constitutive d\u2019une situation. La surdit\u00e9 \u00e9tant l\u00e0, il s\u2019agit de l\u2019accepter et de compter avec elle. L\u2019int\u00e9r\u00eat de ceux qui se r\u00e9clament de cet objectif se portera sur les potentialit\u00e9s offertes par l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me, c\u2019est-\u00e0-dire sur l\u2019interaction entre un ou plusieurs sourds, malentendants ou sourd-aveugles et leur environnement. La surdit\u00e9 ou la surdic\u00e9cit\u00e9 est ici abord\u00e9e comme la relation qui se tisse entre le sourd ou le sourd-aveugle et autrui, individus, institutions ou soci\u00e9t\u00e9. Il me para\u00eet ici utile de rappeler une id\u00e9e \u00e9l\u00e9mentaire. Comme tout handicap, le handicap sensoriel peut \u00eatre d\u00e9fini comme l\u2019ensemble des lieux et des fonctions sociales dont une personne est exclue en raison de l\u2019infirmit\u00e9. De ce fait, la solution passe non par la disparition de la surdit\u00e9 et de la surdic\u00e9cit\u00e9, et donc des sourds ou des sourds-aveugles, mais par le fait que le droit \u00e0 l\u2019existence, \u00e0 part enti\u00e8re, des sourds et sourds-aveugles soit reconnu. La lutte contre l\u2019exclusion signifie que c\u2019est le cadre relationnel, ou ce que j\u2019ai appel\u00e9 l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me, qui doit \u00eatre chang\u00e9 et la priorit\u00e9 de l\u2019effort consistera alors \u00e0 rendre accessible un lieu ou une fonction. Depuis une vingtaine d\u2019ann\u00e9es, et gr\u00e2ce \u00e0 une mobilisation massive des communaut\u00e9s de sourds et d\u2019acteurs des soci\u00e9t\u00e9s civiles, de nombreux lieux priv\u00e9s, publics ou institutionnels leur ont \u00e9t\u00e9 rendus accessibles, des lois ont \u00e9t\u00e9 vot\u00e9es qui leur ont permis d\u2019acc\u00e9der \u00e0 l\u2019exercice r\u00e9el de la citoyennet\u00e9 dont ils avaient \u00e9t\u00e9 longtemps \u00e9cart\u00e9s par les \u00e9cosyst\u00e8mes ant\u00e9rieurs. Des pays de plus en plus nombreux ont reconnu l\u2019existence des langues des signes nationales et le droit des sourds d\u2019y avoir recours si tel est leur choix. Il faut se r\u00e9jouir de cette \u00e9volution, parce qu\u2019\u00e9merge enfin la conscience que de nombreux sourds ne peuvent faire l&rsquo;\u00e9conomie d&rsquo;une communication visuelle-gestuelle et que la Langue des Signes, qu&rsquo;ils doivent \u00eatre libres de ne pas apprendre s&rsquo;ils le souhaitent, n&rsquo;en constitue pas moins une langue susceptible de leur rendre d&rsquo;innombrables services et un mieux-\u00eatre g\u00e9n\u00e9ral dans leurs rapports sociaux. Je consid\u00e8re pour ma part que ces langues des signes constituent un patrimoine inali\u00e9nable de l\u2019humanit\u00e9, ce sont des langues que les entendants ont tout int\u00e9r\u00eat \u00e0 apprendre, non pour \u00e9tancher leur soif de philanthropie, mais pour enrichir leur culture et pour leur plaisir. La Soci\u00e9t\u00e9 europ\u00e9enne de sant\u00e9 mentale et surdit\u00e9 a toujours d\u00e9fendu, ce qui est clairement expos\u00e9 dans ses textes constitutifs, que les sourds, malentendants et sourds-aveugles, comme tous les \u00eatres humains, doivent pouvoir \u00eatre soign\u00e9s dans la langue de leur choix et \u00eatre ainsi respect\u00e9s dans leurs droits fondamentaux.<\/span><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">Je voudrais ici attirer votre attention sur un point capital, source de confusion. La d\u00e9termination de principes d\u2019action est ici plus que jamais la condition d\u2019une r\u00e9solution correcte des contradictions. J\u2019affirme qu\u2019il est essentiel de bien diff\u00e9rencier les techniques, par exemple les techniques r\u00e9paratrices dont j\u2019ai parl\u00e9 plus haut, des contextes id\u00e9ologiques dans lesquels elles s\u2019inscrivent. Un exemple. L\u2019\u00e9ducation orale des enfants sourds est une technique\u00a0: elle vise \u00e0 promouvoir la meilleure \u00e9locution possible de ces enfants. Elle met en \u0153uvre des moyens sp\u00e9cifiques qui ont fait l\u2019objet de nombreuses \u00e9valuations, au cours de son histoire certains de ces moyens ont \u00e9t\u00e9 jug\u00e9s inutiles et abandonn\u00e9s, d\u2019autres se sont vus d\u00e9velopper. Elle a ainsi fait l\u2019objet d\u2019une accumulation progressive de connaissances. Autre exemple\u00a0: les proth\u00e8ses auditives. Elles existent depuis des si\u00e8cles et n\u2019ont cess\u00e9 de se perfectionner au fil du temps. Nul ne met aujourd\u2019hui en doute leur valeur et leur utilit\u00e9 en tant qu\u2019outil technologique, du moment que les indications en sont soigneusement port\u00e9es. Un troisi\u00e8me exemple\u00a0: les implants cochl\u00e9aires. Il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019une technologie plus r\u00e9cente, certes beaucoup plus sophistiqu\u00e9e et audacieuse que les proth\u00e8ses, qui comporte des risques, qui est suivie de succ\u00e8s ou d\u2019\u00e9checs, mais leur \u00e9volution rapide t\u00e9moigne aussi de l\u2019am\u00e9lioration de leurs performances.<\/span><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">D\u2019une tout autre port\u00e9e est le contexte id\u00e9ologique dans lesquels s\u2019inscrit le recours \u00e0 ces techniques. Faire parler un enfant sourd ne peut jamais \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme un objectif ind\u00e9pendant des choix \u00e9ducatifs g\u00e9n\u00e9raux des parents, de leurs orientations id\u00e9ologiques, de leur conception du monde\u00a0: cet objectif sera prioritaire ou non selon que les parents se mobilisent pour effacer la surdit\u00e9 de leur vie ou pour tirer toutes les cons\u00e9quences concr\u00e8tes de son existence consid\u00e9r\u00e9e comme d\u00e9finitive, en luttant pour l\u2019accessibilit\u00e9. Lutter pour l\u2019accessibilit\u00e9 peut d\u2019ailleurs ne pas avoir le m\u00eame sens pour tout le monde. Certains sourds peuvent militer en faveur du bilinguisme (langue des signes\/langue \u00e9crite), d\u2019autres (comme c\u2019est fr\u00e9quent avec les personnes que l\u2019on caract\u00e9rise audiologiquement comme des devenus sourds ou comme des malentendants) feront le choix d\u2019un monolinguisme strict (vers la langue orale et \u00e9crite de leur pays) et recourront plut\u00f4t \u00e0 des aides techniques (sous-titrage, lecture labiale, etc.). Mais peu importe\u00a0: dans tous les cas, la lutte pour l\u2019accessibilit\u00e9 n\u00e9cessite <em>ipso facto<\/em> que la surdit\u00e9 soit rendue pr\u00e9sente, existante, qu\u2019elle constitue une donn\u00e9e du r\u00e9el \u00e0 partir de laquelle des mesures concr\u00e8tes seront prises.<\/span><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">Il y a eu, dans l\u2019histoire de la surdit\u00e9, de longues p\u00e9riodes d\u2019obscurantisme o\u00f9 l\u2019id\u00e9ologie de l\u2019\u00e9ducation orale a pu recouvrir de tout autres objectifs que celui de permettre aux enfants sourds de s\u2019exprimer oralement. Lorsqu\u2019en 1880, au congr\u00e8s de Milan, les p\u00e9dagogues entendants et les minist\u00e8res ont uni leurs voix pour imposer la parole articul\u00e9e, dans le m\u00eame mouvement ils ont totalement banni la langue des signes de l&rsquo;enseignement et ils ont expuls\u00e9s les enseignants sourds du champ de l\u2019enseignement. Ce faisant, ils ont plong\u00e9 les sourds dans le malheur (en France, par exemple, pendant pr\u00e8s d&rsquo;un si\u00e8cle puisque la mesure n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 lev\u00e9e qu&rsquo;en 1976). De m\u00eame, lorsqu\u2019en 1883 aux Etats-Unis, Graham Bell proposait \u00e0 l&rsquo;Acad\u00e9mie Nationale des Sciences, dans une optique eug\u00e9niste, d&rsquo;interdire la langue des signes, de supprimer les \u00e9coles sp\u00e9cialis\u00e9es, d\u2019interdire la presse sourde et de fermer les associations de sourds afin d\u2019emp\u00eacher la constitution d&rsquo;une vari\u00e9t\u00e9 sourde de la race humaine, il jetait les bases id\u00e9ologiques d&rsquo;une politique eug\u00e9niste qui n&rsquo;a trouv\u00e9 son aboutissement qu&rsquo;avec l&rsquo;av\u00e8nement d&rsquo;Hitler et les exterminations de sourds dans les camps. Il convient donc de bien distinguer l\u2019\u00e9ducation orale, technique p\u00e9dagogique, de l\u2019oralisme, tendance id\u00e9ologique niant \u00e0 la langue des signes toute valeur et toute existence &#8211; de fait, tout droit d\u2019exister comme sourd. Or la mise en pratique de l\u2019\u00e9ducation orale ne va pas automatiquement de pair avec l\u2019id\u00e9ologie oraliste, tant s\u2019en faut. De m\u00eame, le port d\u2019appareils auditifs n\u2019implique pas automatiquement que le sourd d\u00e9laisse ou m\u00e9connaisse la langue des signes. Enfin, le recours \u00e0 l\u2019implant cochl\u00e9aire n\u2019exige pas qu\u2019on nie le droit de sourds \u00e0 la communication visuelle-gestuelle. En France et dans de trop nombreux pays, malheureusement, et contrairement \u00e0 ce qu\u2019il en est par exemple en Su\u00e8de, la pose d\u2019implants cochl\u00e9aires est effectu\u00e9e dans une ambiance d\u2019hostilit\u00e9 franche envers la langue des signes\u00a0: loin d\u2019\u00eatre seulement une technique, elle est le fer de lance de la nouvelle croisade oraliste de nos m\u00e9decins chevaliers des temps modernes. Et c\u2019est cela qui est, \u00e0 nos yeux, condamnable\u00a0: non l\u2019\u00e9ducation orale, non la proth\u00e8se, non l\u2019implant, mais le refus de reconna\u00eetre aux sourds et \u00e0 leur entourage le droit de choisir entre diff\u00e9rentes options de vie, d\u2019\u00e9ducation, de culture et d\u2019exercice de leur citoyennet\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire le refus de mettre en \u0153uvre les moyens mat\u00e9riels, humains et institutionnels permettant l\u2019exercice de ce droit (par exemple, le droit d\u2019acc\u00e9der au bilinguisme langue des signes\/langue \u00e9crite). Le danger est de remplacer l\u2019universalit\u00e9 des droits par l\u2019uniformit\u00e9 de la pens\u00e9e et des comportements. Ainsi, concevoir l\u2019implant cochl\u00e9aire comme la r\u00e9ponse \u00e0 toutes les questions et pr\u00e9tendre qu\u2019ils rendent inutiles les efforts de promotion des langues des signes et de l\u2019accessibilit\u00e9 est une politique dangereuse et n\u00e9faste. Cela sous-entend qu\u2019une seule mani\u00e8re de concevoir la vie, aussi justifi\u00e9e soit-elle, supplante toutes les autres et peut nier \u00e0 des communaut\u00e9s enti\u00e8res d\u2019humains le droit d\u2019\u00e9difier leur vie sur d\u2019autres bases, selon d\u2019autres normes.<\/span><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">Pour dire les choses autrement, le crit\u00e8re fondamental qui doit retenir notre attention est en derni\u00e8re instance celui d\u2019un d\u00e9veloppement social tel qu\u2019il offre aux sourds le droit de choisir leurs appartenances culturelles et le droit de se doter d\u2019un statut identitaire et social \u2013 celui qu\u2019ils souhaitent s\u2019attribuer tout autant que celui que les entendants leur reconnaissent. Le crit\u00e8re fondamental n\u2019est nullement le statut audiophonologique du sourd. Non que ce crit\u00e8re n\u2019ait aucune importance\u00a0: il n\u2019est pas indiff\u00e9rent pour un sujet sourd d\u2019\u00eatre sourd s\u00e9v\u00e8re ou sourd profond, sourd cong\u00e9nital ou devenu sourd, sourd voyant ou sourd aveugle\u00a0! Mais c\u2019est toujours au sujet sourd d\u2019\u00e9valuer ses comp\u00e9tences individuelles et d\u2019exprimer ses propres d\u00e9sirs quant \u00e0 leur utilisation, par exemple s\u2019il veut et peut porter un appareil auditif ou non, s\u2019il veut et peut s\u2019exprimer oralement ou non, s\u2019il suivra les choix p\u00e9dagogiques initiaux et les orientations culturelles de ses parents &#8211; oralistes ou en faveur du bilinguisme &#8211; ou non, s\u2019il nouera des relations sociales incluant des relations avec les sourds, et \u00e9ventuellement le mariage, ou les excluant, s\u2019il participera ou non, et de quelle mani\u00e8re, aux activit\u00e9s sociales des sourds et \u00e0 leur lutte pour la reconnaissance de leurs droits, etc. Ce qui importe sera sa mani\u00e8re d\u2019int\u00e9grer ces donn\u00e9es dans une culture et non son degr\u00e9 d\u2019audition. En derni\u00e8re analyse, ce sont les moyens offerts et mis \u00e0 sa disposition par l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me, qui d\u00e9termineront le niveau de bien-\u00eatre optimal. Et en refusant l\u2019id\u00e9ologie (je dis bien\u00a0: l\u2019id\u00e9ologie, pas la technique) qui r\u00e9duit les sourds \u00e0 des oreilles d\u00e9ficientes, en luttant pour l\u2019\u00e9tablissement de relations citoyennes, le corps social tout entier assume sa responsabilit\u00e9 face \u00e0 la question du droit \u00e0 l\u2019existence des sourds. Chacun de nous peut alors jouer un r\u00f4le dans la r\u00e9duction du handicap \u2013 vous m\u2019avez compris, je dis bien du handicap, qui est une relation, et non de l\u2019infirmit\u00e9, qui concerne un organe.<\/span><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">L\u2019histoire des sourds n\u2019est autre que celle de leur visibilit\u00e9, un caract\u00e8re \u00e9minemment variable suivant les pays et les \u00e9poques. Cette visibilit\u00e9 a connu depuis le 18<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle des phases successives d\u2019expansion et de r\u00e9gression avec un net regain d\u2019intensit\u00e9 dans la seconde moiti\u00e9 du 20<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle. Depuis quelques d\u00e9cennies, les sourds se donnent \u00e0 voir. Leur pr\u00e9sence individuelle et collective se banalise et simultan\u00e9ment le niveau d\u2019information de la population entendante sur la surdit\u00e9 augmente sensiblement. Les sourds ne sont plus per\u00e7us comme des \u00eatres \u00e9tranges et fascinants parce que rares, dont on se demande encore s\u2019ils font partie de l\u2019humanit\u00e9. L\u2019ignorance et l\u2019incompr\u00e9hension c\u00e8dent devant les manifestations d\u2019une pr\u00e9sence quotidienne. Les sourds, les sourds-aveugles font maintenant partie de notre environnement social et de notre paysage mental, au point que leur pr\u00e9sence en devient banale. Je r\u00eave du jour o\u00f9 personne ne sera plus sid\u00e9r\u00e9 d\u2019effroi ou saisi d\u2019impuissance lors d\u2019une rencontre avec un sourd. Je r\u00eave d\u2019une disparition de la surdophobie, telle que l\u2019a nomm\u00e9e une professionnelle de sant\u00e9 n\u00e9erlandaise au congr\u00e8s de l\u2019ESMHD de Manchester en 1997\u00a0: la surdophobie, c\u2019est-\u00e0-dire la peur et le rejet de la surdit\u00e9 et du sourd, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019intol\u00e9rance. Il faudra voir dans cette accoutumance une situation o\u00f9 la norme sociale ne sera plus seulement entendante. Mais cette accoutumance a une condition, celle du maintien permanent de la visibilit\u00e9. Et la visibilit\u00e9 a un prix\u00a0: c\u2019est la lutte quotidienne pour l\u2019accessibilit\u00e9. Notre devoir de citoyen et de professionnel est de rendre accessibles aux sourds tous les lieux dont ils sont exclus. Il est de tout mettre en \u0153uvre pour qu\u2019entre sourds et entendants se cr\u00e9ent des passerelles et des \u00e9changes. Cela passe par la modification des lois, des fonctionnements institutionnels et des mentalit\u00e9s. Il faudra, par exemple, reconna\u00eetre l&rsquo;immense avantage que pr\u00e9sente pour tous, sourds <strong>et<\/strong> entendants, la mise \u00e0 disposition d\u2019interpr\u00e8tes langue orale\/langue des signes afin de faciliter l\u2019accessibilit\u00e9 de tous les lieux publics, les institutions d\u2019enseignement, l\u2019audiovisuel, les lieux de soins, etc. Il faudra ne plus craindre les contacts de sourds entre eux, en classe, dans les loisirs ou au travail ; ne plus voir un danger dans les mariages entre sourds ou dans la scolarisation collective des sourds dans des classes annex\u00e9es. Il faudra reconna\u00eetre enfin que cette dimension collective de la vie sociale des sourds est un \u00e9l\u00e9ment capital de leur int\u00e9gration sociale dans la soci\u00e9t\u00e9 entendante et non un facteur en soi de \u00ab\u00a0ghetto\u00efsation\u00a0\u00bb ou de \u00ab\u00a0communautarisme\u00a0\u00bb.<\/span><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">Ne nous ber\u00e7ons pas de douces illusions\u00a0: la visibilit\u00e9 des sourds n\u2019est pas et ne sera jamais un acquis irr\u00e9versible, elle est quotidiennement confront\u00e9e \u00e0 l\u2019oubli, au refus, \u00e0 l\u2019uniformisation, au pr\u00eat-\u00e0-porter de la pens\u00e9e et il y a l\u00e0 une lutte incessante entre ces deux tendances. Il n\u2019y a donc pas \u00e0 attendre que les sourds entendent pour rendre accessibles les soins m\u00e9dicaux et chirurgicaux, la psychoth\u00e9rapie, la justice, l\u2019\u00e9cole, les informations t\u00e9l\u00e9vis\u00e9es, les mus\u00e9es, les th\u00e9\u00e2tres, le permis de conduire, les voyages en avion, etc. Il s\u2019agit plut\u00f4t d\u2019\u0153uvrer inlassablement en faveur d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 ouverte \u00e0 plusieurs normes de vie, o\u00f9 chacun trouve sa place quel que soit son statut audiologique. Les professionnels de tous terrains ont un grand r\u00f4le \u00e0 jouer. Et nous en arrivons tout naturellement \u00e0 cette question des nouvelles pratiques de sant\u00e9 que je vais maintenant d\u00e9crire, un peu sch\u00e9matiquement il est vrai mais en souhaitant que ces r\u00e9flexions donnent mati\u00e8re \u00e0 d\u00e9bat dans ce congr\u00e8s.<\/span><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">Depuis deux d\u00e9cennies, parfois un peu plus longtemps selon les pays, les praticiens de la sant\u00e9 physique et ceux de la sant\u00e9 mentale ont engag\u00e9, \u00e0 travers le monde, une lutte pour la cr\u00e9ation de services de sant\u00e9 adapt\u00e9s aux besoins des sourds. Pourquoi\u00a0? Parce que ces praticiens ont \u00e9t\u00e9 nombreux, et ils sont de plus en plus nombreux l\u00e0 o\u00f9 ces services se font encore attendre, \u00e0 constater la mauvaise qualit\u00e9 des soins dispens\u00e9s \u00e0 la population sourde\u00a0: erreurs de diagnostics, malentendus linguistiques et culturels entra\u00eenant des erreurs de traitement, absence de tout traitement psychoth\u00e9rapeutique aboutissant \u00e0 un allongement indu des dur\u00e9es d\u2019hospitalisation et parfois \u00e0 l\u2019oubli du patient sourd au sein d\u2019un service pendant vingt ou trente ans, m\u00e9connaissance des droits du patient hospitalis\u00e9, d\u00e9faut d\u2019information et de consentement du patient recevant des soins, non-respect de la confidentialit\u00e9, isolement du patient g\u00e9n\u00e9rateur de souffrance, d\u2019anxi\u00e9t\u00e9, de d\u00e9pression et d\u2019image d\u00e9valoris\u00e9e de soi, absence de politique de pr\u00e9vention aboutissant \u00e0 des catastrophes sanitaires\u00a0(le sida a pu faire des ravages parmi la population sourde et les personnes en contact avec elle avant que s\u2019instaurent les premi\u00e8res campagnes authentiques d\u2019information et les premiers traitements). Ces praticiens en sont arriv\u00e9s aux m\u00eames conclusions\u00a0: il faut mettre en \u0153uvre des services o\u00f9 l\u2019accueil des sourds puisse s\u2019effectuer non selon des normes impos\u00e9es arbitrairement mais conform\u00e9ment au mode de vie choisi par les patients. Et cela implique d\u2019aller vers la population sourde, d\u2019\u00e9tudier ses besoins et de partager des pratiques et des valeurs qui lui sont ch\u00e8res. Il n\u2019y a rien de plus destructeur que d\u2019indiff\u00e9rencier les besoins d\u2019une population, par exemple en confondant les revendications des sourds bilingues et celles des sourds ou malentendants luttant pour l\u2019am\u00e9lioration de leurs moyens d\u2019audition.<\/span><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">Concr\u00e8tement, cela a signifi\u00e9 que, pour am\u00e9liorer l\u2019accueil des sourds bilingues, il a fallu tourner des services de soins et des services sociaux entiers vers la pratique de la langue des signes\u00a0: soignants, m\u00e9decins, infirmiers, aides-soignants, psychiatres et assistants sociaux entendants ont d\u00fb apprendre cette langue et les \u00e9quipes se sont dot\u00e9es d\u2019interpr\u00e8tes langue des signes\/langue orale. Des sessions de formations des soignants ont d\u00fb \u00eatre mises en place. Cela ne signifie nullement que les sourds soient oblig\u00e9s d\u2019\u00eatre re\u00e7us en langue des signes s\u2019ils ne le souhaitent pas. De nombreux malentendants (sur le plan audiologique) optent pour un monolinguisme strict et se sentent plus proches de la culture entendante. C\u2019est leur droit, et, personnellement je m\u2019abstiens de tout signe lorsque je re\u00e7ois un patient qui les ignore ou les refuse. C\u2019est la moindre des choses que l\u2019on puisse faire pour exercer son m\u00e9tier dans le respect du patient et sans commettre de funestes erreurs. La possibilit\u00e9 est donc maintenant offerte aux patients d\u2019\u00eatre soign\u00e9s dans la langue de leur choix. Des centaines d\u2019unit\u00e9s de soins ont ainsi vu le jour \u00e0 travers le monde. Je vous recommande vivement de lire l\u2019impressionnant document mis au point par nos coll\u00e8gues britanniques \u00abSigns of the Time\u00bb qui, s\u2019il est adopt\u00e9 par les autorit\u00e9s sanitaires de Grande-Bretagne, constituera une sorte de charte des bonnes pratiques et un guide pour les d\u00e9veloppements \u00e0 venir, au niveau national, des services de sant\u00e9 mentale pour sourds. Ce document a incontestablement une valeur pour les professionnels de sant\u00e9 d\u2019autres pays, m\u00eame exer\u00e7ant dans des conditions diff\u00e9rentes. Aux Pays-Bas, cinq centres de soins se sont ouverts, g\u00e9ographiquement bien r\u00e9partis, offrant hospitalisations, consultations et visites \u00e0 domicile. Mon coll\u00e8gue Otto Fritschy pourra ainsi vous d\u00e9crire le formidable travail de son \u00e9quipe et de lui-m\u00eame en direction des sourds du troisi\u00e8me \u00e2ge, \u00e0 Ede, au centre des Pays-Bas, non loin de l\u2019endroit o\u00f9 a \u00e9t\u00e9 construite une non moins formidable maison de retraite pour sourds comme il n\u2019en existe nulle part ailleurs dans le monde et qui soit autant source de bien-\u00eatre pour les vieux sourds (du moins \u00e0 ma connaissance). En France, ce sont douze centres r\u00e9gionaux hospitaliers qui ont \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9s depuis 1996, subventionn\u00e9s par le gouvernement. Ces centres fonctionnent encore de mani\u00e8re in\u00e9gale mais ils tissent un r\u00e9seau de soins de mieux en mieux coordonn\u00e9 sur tout le territoire. Je pourrais multiplier les exemples mais je ne voudrais pas laisser croire que ces d\u00e9veloppements soient aussi avanc\u00e9s dans tous les pays. Tout est loin d\u2019\u00eatre rose\u00a0: on constate par exemple de grandes diff\u00e9rences entre les pays du Nord et ceux du Sud de l\u2019Europe, ces derniers \u00e9tant nettement moins dot\u00e9s en services de soins pour les sourds.<\/span><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">Un autre \u00e9l\u00e9ment essentiel du d\u00e9veloppement de soins adapt\u00e9s a \u00e9t\u00e9 l\u2019embauche de professionnels sourds dans les \u00e9quipes. Le vocable \u00ab\u00a0professionnel\u00a0\u00bb couvre toutes sortes de comp\u00e9tences. Il est surtout utilis\u00e9 lorsque des sourds participent, bien souvent sans dipl\u00f4mes, au travail quotidien des \u00e9quipes, en tant qu\u2019experts de la condition sourde \u00e0 qui il manque encore la formation acad\u00e9mique suivie par leurs coll\u00e8gues entendants. Partout o\u00f9 cette collaboration sourds-entendants s\u2019instaure, les \u00e9quipes entrent de plain-pied dans la culture des sourds et dans leur mode de vie, une plus grande r\u00e9ciprocit\u00e9 se manifeste entre soignants entendants et soignants sourds et la reconnaissance sociale et professionnelle entre \u00e9quipes, au sein d\u2019un h\u00f4pital et \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur, en est infiniment facilit\u00e9e. Il s\u2019agit d\u2019un excellent moyen de d\u00e9passer les attitudes philanthropiques qui assignent aux sourds une place d\u2019individus d\u00e9munis et assist\u00e9s par des entendants bien-pensants. Professionnels sourds et entendants travaillent au coude \u00e0 coude, \u00e9changent leur exp\u00e9rience et se d\u00e9couvrent mutuellement en jetant quotidiennement des ponts entre leurs cultures. Ils r\u00e9fl\u00e9chissent ensemble aux am\u00e9liorations \u00e0 apporter \u00e0 leur pratique, organisent des r\u00e9unions avec les usagers sourds pour recueillir des avis ext\u00e9rieurs, produisent des cassettes vid\u00e9o pour des campagnes d\u2019information en langue des signes sur des th\u00e8mes de sant\u00e9, bref ils d\u00e9ploient leurs activit\u00e9s dans tous les domaines. Et je pense ici au travail de pionnier men\u00e9 par des professionnels sourds comme Barbara Brauer aux Etats-Unis, \u00e0 qui je veux rendre hommage. Barbara dirigeait le Centre de Sant\u00e9 Mentale de l\u2019Universit\u00e9 Gallaudet. Comme vous le savez d\u00e9j\u00e0, elle est d\u00e9c\u00e9d\u00e9e il y a deux mois. Je pense aussi \u00e0 Sharon Ridgeway, psychologue \u00e0 Manchester en Angleterre qui soigne les victimes sourdes d\u2019abus sexuels, \u00e0 Birgitta Martinell en Su\u00e8de, \u00e0 Michel Girod \u00e0 Paris, responsable du programme \u00abDire la sant\u00e9 en langue des signes fran\u00e7aise\u00bb\u2026 et \u00e0 tant d\u2019autres que je ne citerai pas. Il existe pourtant des services qui ne comptent aucun professionnel sourd. Il n\u2019est pas indiff\u00e9rent, dans le travail quotidien, d\u2019avoir \u00e0 s\u2019exprimer du matin au soir en langue des signes avec des coll\u00e8gues, en r\u00e9union, ou lors des pauses o\u00f9 l\u2019on se raconte des histoires dr\u00f4les pour se d\u00e9tendre. Les entendants apprennent ainsi \u00e0 mieux diriger leur regard, \u00e0 respecter les sourds dans les prises de parole, \u00e0 mieux observer les entr\u00e9es en contact, les mani\u00e8res de toucher, les diff\u00e9rentes qualit\u00e9s de gestuelles\u2026 La pr\u00e9sence de professionnels sourds donne incontestablement un caract\u00e8re tr\u00e8s diff\u00e9rent \u00e0 la marche d\u2019un service. D\u2019une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, je pense que le partage d\u2019une langue pendant le seul temps d\u2019une consultation ne repr\u00e9sente qu\u2019une infime entr\u00e9e dans la culture sourde. Les ponts entre sourds et entendants n\u00e9cessitent des contacts beaucoup plus vari\u00e9s, dans et hors du champ professionnel\u2026<\/span><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">L\u2019organisation de soins adapt\u00e9s \u00e0 la population sourde et la collaboration sourds-entendants posent les conditions de cr\u00e9ation d\u2019un nouveau r\u00e9f\u00e9rentiel de travail. Ce nouveau cadre autorise des d\u00e9couvertes cliniques qui, sans lui, n\u2019auraient jamais pu se faire. Les professionnels entendants de la sant\u00e9 mentale sont g\u00e9n\u00e9ralement form\u00e9s selon certains mod\u00e8les th\u00e9oriques et pratiques qu\u2019ils ont acquis \u00e0 l\u2019universit\u00e9. Lors de leur rencontre avec un patient sourd, il leur sera tout naturel d\u2019user de ce savoir de la m\u00eame mani\u00e8re qu\u2019ils le feraient dans un entretien avec un patient entendant, sans chercher \u00e0 y introduire des modifications. \u00c0 court terme, cela para\u00eet concevable. Mais l\u2019inadaptation de cette m\u00e9thode appara\u00eet nettement lorsqu\u2019on \u00e9value soigneusement \u00e0 plus long terme le d\u00e9roulement et les r\u00e9sultats des soins. Par exemple, il ne suffira pas d\u2019introduire un interpr\u00e8te dans une s\u00e9ance de psychoth\u00e9rapie pour bien soigner un patient sourd. Une pratique digne de ce nom n\u00e9cessite non seulement d\u2019\u00e9valuer les effets de la pr\u00e9sence de l\u2019interpr\u00e8te dans les entretiens mais aussi de comparer les r\u00e9sultats d\u2019un entretien \u00e0 ceux d\u2019une s\u00e9ance o\u00f9 seuls sont en contact le th\u00e9rapeute entendant et le patient sourd, tous deux s\u2019exprimant en langue des signes, ainsi qu\u2019\u00e0 ceux d\u2019une s\u00e9ance qui met en pr\u00e9sence un th\u00e9rapeute et un patient sourds.<\/span><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">La barri\u00e8re de la langue est tout \u00e0 la fois un obstacle, source de malentendus, et une occasion bienvenue d\u2019expliciter sa pens\u00e9e et de sonder le bien-fond\u00e9 de ses id\u00e9es. Il n\u2019y a rien de plus enrichissant que de se soumettre \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 de faire passer un sens, lorsque le maniement de la langue est incertain et maladroit. La peur de l\u2019incompr\u00e9hension mutuelle \u2013 mais c\u2019est une peur vivifiante &#8211; jalonne tous les entretiens entre sourds et entendants. Cette vigilance accrue exig\u00e9e par la situation est la condition du renouveau du regard clinique. Les professionnels de la sant\u00e9 mentale ont tous fait l\u2019exp\u00e9rience de moments o\u00f9 ils per\u00e7oivent les troubles des patients sourds simultan\u00e9ment comme des troubles analogues \u00e0 ceux des patients entendants et comme des \u00e9l\u00e9ments sp\u00e9cifiques d\u2019une situation originale. Ces sp\u00e9cificit\u00e9s doivent \u00eatre prises attentivement en consid\u00e9ration. Les besoins de la population sourde ont \u00e9t\u00e9 trop longtemps n\u00e9glig\u00e9s par l\u2019environnement entendant pour les laisser de nouveau sombrer dans le foss\u00e9 de l\u2019indiff\u00e9rence. Un travail clinique authentique ne fait pas bon m\u00e9nage avec la paresse mentale des cliniciens\u2026<\/span><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">Les \u00e9volutions dont je vous ai parl\u00e9 nous convient \u00e0 repenser l\u2019ensemble du dispositif th\u00e9orique et pratique de soins. Sur un plan th\u00e9orique, les professionnels de la surdit\u00e9 sont g\u00e9n\u00e9ralement convaincus, et c\u2019est heureux, qu\u2019il n\u2019y a pas de psychologie du sourd. Ils admettent qu\u2019une typologie des sourds n\u2019a aucune raison d\u2019\u00eatre (les sourds sont comme ceci, ou comme cela\u2026). Mais il ne faut pas s\u2019\u00e9tonner de les voir revenir \u00e0 l\u2019id\u00e9ologie de la surdit\u00e9 comme d\u00e9ficience quand ils se contentent d\u2019importer les mod\u00e8les traditionnels de pens\u00e9e dans ce cadre nouvellement cr\u00e9\u00e9. Au lieu de penser la rencontre sourd-entendant comme un pont \u00e0 construire entre deux singularit\u00e9s, ils auront tendance \u00e0 s\u2019extraire de la rencontre et \u00e0 attribuer les sp\u00e9cificit\u00e9s de l\u2019entretien au seul patient sourd. Il m\u2019est ainsi arriv\u00e9 d\u2019entendre des professionnels de la surdit\u00e9 dire que les entretiens avec les patients sourds durent deux fois plus longtemps que ceux avec de patients entendants, comme si cette caract\u00e9ristique \u00e9tait un attribut en soi des sourds. Ces professionnels \u00e9taient, bien s\u00fbr, entendants. Ils ne leur venaient pas \u00e0 l\u2019id\u00e9e de mettre ce doublement du temps sur le compte d\u2019un choc des fa\u00e7ons d\u2019\u00eatre respectives du patient comme du soignant, pas plus que de se demander ce qu\u2019il en serait si un professionnel sourd rencontrait un patient sourd. Ils en arrivaient ainsi \u00e0 retomber dans les pi\u00e8ges de l\u2019objectivation de l\u2019autre.<\/span><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">La collaboration entre professionnels sourds et entendants au sein d\u2019\u00e9quipes soignantes n\u2019a rien d\u2019\u00e9vident. Sa mise en \u0153uvre est toujours travers\u00e9e par des conflits g\u00e9n\u00e9rateurs d\u2019angoisse et de culpabilit\u00e9. S\u2019il en est ainsi, c\u2019est que la difficult\u00e9 \u00e0 trouver une langue commune va bien au-del\u00e0 de l\u2019apprentissage de la langue orale et de la langue des signes. S\u2019entendre, au sens le plus accompli du terme, suppose une adh\u00e9sion commune \u00e0 des objectifs et donc \u00e0 des valeurs. Elle suppose aussi un accord dans la communication non-verbale que les seules performances linguistiques ne permettent pas d\u2019atteindre. C\u2019est un reproche fr\u00e9quent que les sourds adressent aux entendants qui se lancent dans l\u2019apprentissage de la langue des signes : les entendants meuvent gauchement leurs bras et leurs mains, sans amplitude, sans souplesse, trahissant une inhibition gestuelle. Par manque d\u2019habitude ou de tradition culturelle ou par honte, ils restreignent leur gestualit\u00e9. De m\u00eame, les traits de leur visage demeurent souvent immobiles et inexpressifs. Or, en langue des signes, la mimique faciale est une composante linguistique essentielle sans laquelle aucun message ne peut \u00eatre correctement compris par un interlocuteur sourd. Les sourds incitent donc fr\u00e9quemment les entendants \u00e0 mobiliser leurs muscles faciaux, \u00e0 donner du volume et de l\u2019assurance \u00e0 leurs gestes, en somme \u00e0 lever l\u2019inhibition qui bride leur capacit\u00e9 d\u2019expression. Autrement dit, c\u2019est \u00e0 un engagement corporel diff\u00e9rent, c\u2019est \u00e0 un changement de notre rapport au monde que nous convient les sourds. Pour un psychoth\u00e9rapeute, pour qui les voies de la gu\u00e9rison du patient passent par l\u2019instauration avec lui d\u2019une symbiose th\u00e9rapeutique, cette invitation \u00e0 lib\u00e9rer sa propre expression gestuelle est le meilleur atout pour op\u00e9rer le rapprochement n\u00e9cessaire au d\u00e9veloppement d\u2019une bonne intimit\u00e9 psychologique.<\/span><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">Nous professionnels, sourds et entendants, avons donc \u00e0 apprendre \u00e0 admettre les incertitudes de notre identit\u00e9, \u00e0 laisser l\u2019angoisse nous \u00e9treindre non pour qu\u2019elle nous paralyse mais parce qu\u2019elle nous signale des terres inconnues \u00e0 d\u00e9couvrir. D\u2019obstacle g\u00eanant, la \u00ab\u00a0surdophobie\u00a0\u00bb ou, plus g\u00e9n\u00e9ralement, la peur de l\u2019\u00e9tranger peut se changer en un puissant moyen d\u2019\u00e9viter le naufrage de la communication. La collaboration sourds-entendants est donc, de ce point de vue, une chance. Il nous est ainsi donn\u00e9 l\u2019occasion d\u2019aller \u00e0 la rencontre d\u2019autrui, cet autre \u00e9tranger qui n\u2019en est pas moins un \u00eatre humain et que nous finissons parfois, dans le meilleur des cas, par d\u00e9couvrir en nous-m\u00eames.<\/span><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">Mais les chocs de cultures ne sont pas le privil\u00e8ge des \u00e9changes entre sourds et entendants. On en trouve aussi dans les rencontres internationales. Il n\u2019est pas toujours facile de se comprendre d\u2019un pays \u00e0 l\u2019autre, d\u2019une langue \u00e0 l\u2019autre, d\u2019une culture \u00e0 l\u2019autre et le travail d\u2019explicitation des malentendus nous oblige \u00e0 toujours rester sur le qui-vive lors de ces \u00e9changes internationaux. Ces derniers se multiplient prodigieusement et le mouvement ne semble pas fl\u00e9chir. Depuis sa cr\u00e9ation en 1986, l\u2019ESMHD organise tous les trois ans des congr\u00e8s dans une ville \u00e0 chaque fois diff\u00e9rente du monde. Depuis 1998 sont apparus les congr\u00e8s mondiaux, \u00e0 Washington, puis \u00e0 Copenhague en 2000. Le prochain congr\u00e8s mondial aura ainsi lieu en Afrique du Sud, en octobre 2005. Plusieurs congr\u00e8s ont d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 organis\u00e9s \u00e0 Buenos Aires, qui programment de jeter les bases d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 latino-am\u00e9ricaine de sant\u00e9 mentale et surdit\u00e9. \u00c0 ces congr\u00e8s internationaux, il faut ajouter les rencontres de dimensions plus modestes mais plus fr\u00e9quentes, des Groupes d\u2019Int\u00e9r\u00eat Sp\u00e9cifique (SIG) de la Soci\u00e9t\u00e9 europ\u00e9enne de sant\u00e9 mentale et surdit\u00e9, o\u00f9 les praticiens s\u2019informent de leurs pratiques respectives. Et je ne compte plus les soci\u00e9t\u00e9s nationales, comme la Soci\u00e9t\u00e9 britannique ou la Soci\u00e9t\u00e9 espagnole de sant\u00e9 mentale et surdit\u00e9, qui tiennent leurs assembl\u00e9es g\u00e9n\u00e9rales annuelles et proposent r\u00e9guli\u00e8rement des colloques. Enfin, il faut citer l\u2019excellent travail impuls\u00e9 par notre coll\u00e8gue italien Ettore Guaia qui a mis en route un forum d\u2019\u00e9changes entre professionnels de la surdit\u00e9 et de la sant\u00e9 mentale sur Internet, le r\u00e9pertoire international des adresses de professionnels mis au point par nos coll\u00e8gues de l\u2019Universit\u00e9 Gallaudet, les liens qui se sont tiss\u00e9s avec la F\u00e9d\u00e9ration Mondiale des Sourds\u2026 Je vous prie de ne pas m\u2019en vouloir si je ne cite pas tout le monde. Ce serait impossible. Je tenais simplement \u00e0 souligner l\u2019acc\u00e9l\u00e9ration et l\u2019intensit\u00e9 r\u00e9centes des \u00e9changes qui se produisent \u00e0 travers le monde dans ce domaine si particulier de la sant\u00e9 mentale et de la surdit\u00e9.<\/span><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">Comme vous le voyez, la t\u00e2che est immense. Nous sommes convaincus que l\u2019int\u00e9gration sociale et le bien-\u00eatre des sourds nous concernent tous. Il est impossible de r\u00e9duire ces objectifs aux seuls param\u00e8tres professionnels. Lorsqu\u2019il est question de sant\u00e9 mentale, c\u2019est la vie toute enti\u00e8re qui est mise sur la sellette. C\u2019est pourquoi le bien-\u00eatre de tous, sourds et entendants, passe par une reconnaissance mutuelle d\u2019existence, sous toutes ses formes. Je crois avoir \u00e9t\u00e9 assez clair sur l\u2019importance des ponts entre les cultures, et il en reste beaucoup \u00e0 construire. Mesdames et messieurs, au seuil de cette premi\u00e8re conf\u00e9rence canadienne \u00e0 laquelle j\u2019adresse tous mes v\u0153ux de succ\u00e8s, je vous renouvelle le soutien de l\u2019ESMHD tout enti\u00e8re et je suis heureux que les professionnels europ\u00e9ens de la sant\u00e9 mentale joignent leurs forces \u00e0 celles des Canadiens, sourds et entendants, pour b\u00e2tir un avenir meilleur.<\/span><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><\/h5>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Madame le Ministre de la Culture charg\u00e9e des Affaires Francophones, Monsieur le Pr\u00e9sident de Reach Canada, Monsieur le Pr\u00e9sident du Comit\u00e9 de pr\u00e9paration du congr\u00e8s, Mesdames, Messieurs, Chers Coll\u00e8gues et Amis, &nbsp; C\u2019est un tr\u00e8s grand honneur pour moi de me trouver aujourd\u2019hui parmi vous \u00e0 l\u2019invitation du comit\u00e9 d\u2019organisation du congr\u00e8s et de M. 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