{"id":1392,"date":"2019-06-03T21:58:18","date_gmt":"2019-06-03T19:58:18","guid":{"rendered":"http:\/\/alexiskaracostas.fr\/?p=1392"},"modified":"2019-06-14T13:58:27","modified_gmt":"2019-06-14T11:58:27","slug":"colloque-de-larche-academie-de-recherche-et-connaissances-en-hypnose-ericksonienne-paris-13-et-14-mai-2017","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/alexiskaracostas.fr\/?p=1392","title":{"rendered":"\u2666 Colloque de l&rsquo;ARCHE (Acad\u00e9mie de Recherche <br \/> et Connaissances en Hypnose Ericksonienne) <br \/>Paris, 13 et 14 mai 2017"},"content":{"rendered":"<h5 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 18pt;\"><span style=\"color: #000000;\">Fin d\u00e9cembre 1997, le premier ministre Lionel Jospin demandait \u00e0 la d\u00e9put\u00e9e du Val d\u2019Oise Dominique Gillot de pr\u00e9senter un rapport sur la situation des sourds en France, et plus particuli\u00e8rement sur celle des sourds locuteurs de la langue des signes. Au terme d\u2019une enqu\u00eate \u00e9largie, la d\u00e9put\u00e9e remit en 1998 un rapport qui \u00e9tait suivi de 115 propositions. Ce rapport visait \u00e0 am\u00e9liorer les conditions de vie de sourds et r\u00e9duire l\u2019exclusion sociale dont on reconnaissait enfin qu\u2019ils \u00e9taient victimes. Parmi ces propositions, 7 portaient sur la sant\u00e9 des sourds, et parmi celles-ci, une seule, la 57e, concernait la sant\u00e9 mentale\u00a0:<\/span><\/span><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 18pt;\"><span style=\"color: #000000;\">\u00ab Le d\u00e9veloppement de r\u00e9seaux de professionnels de la sant\u00e9 bilingues doit inclure l\u2019acc\u00e8s aux th\u00e9rapies mentales.\u00a0\u00bb<\/span><\/span><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 18pt;\"><span style=\"color: #000000;\">Bien que tr\u00e8s courte et de vis\u00e9e tr\u00e8s g\u00e9n\u00e9rale, cette proposition avait une port\u00e9e consid\u00e9rable. Pour la premi\u00e8re fois dans l\u2019histoire de la sant\u00e9 publique en France, un repr\u00e9sentant de la Nation reconnaissait que les sourds avaient droit \u00e0 la sant\u00e9 au m\u00eame titre que tout citoyen et que l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la sant\u00e9 mentale, partie int\u00e9grante de l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la sant\u00e9 publique, ne devait pas \u00eatre oubli\u00e9. Indirectement, cette remarque sous-entendait, pour la premi\u00e8re fois aussi, que cet acc\u00e8s n\u2019\u00e9tait pas assur\u00e9 jusque l\u00e0.<\/span><\/span><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 18pt;\"><span style=\"color: #000000;\">Depuis 1995, date de la cr\u00e9ation de la premi\u00e8re unit\u00e9 de soins des sourds \u00e0 l\u2019h\u00f4pital Piti\u00e9-Salp\u00eatri\u00e8re \u00e0 Paris, ce sont vingt unit\u00e9s qui ont vu le jour dans toute la France, r\u00e9parties dans les grandes villes et pour la plupart int\u00e9gr\u00e9es \u00e0 des centres hospitaliers publics. Ces unit\u00e9s offrent th\u00e9oriquement aux sourds la possibilit\u00e9 d\u2019\u00eatre soign\u00e9s de toutes les affections au m\u00eame titre que les entendants, y compris en mati\u00e8re de psychiatrie. Mais vous comprendrez ais\u00e9ment que, en tant que dispositifs r\u00e9duits en personnels et ne travaillant qu\u2019\u00e0 certaines heures de la journ\u00e9e et du lundi au vendredi, ces unit\u00e9s sont loin de couvrir tous les besoins en mati\u00e8res de sant\u00e9. Il n\u2019emp\u00eache\u00a0: le r\u00e9seau de soins psychiatriques en direction de la population sourde se d\u00e9veloppe, reliant peu \u00e0 peu les unit\u00e9s hospitali\u00e8res \u00e0 des institutions ou structures m\u00e9dicales, psychiatriques ou m\u00e9dico-sociales. Ainsi, des initiatives voient sans cesse le jour et viennent combler peu \u00e0 peu les carences du tissu sanitaire fran\u00e7ais. Parmi ces initiatives, certaines concernent, vous vous en doutez bien, l\u2019hypnose.<\/span><\/span><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 18pt;\"><span style=\"color: #000000;\">Il fallait bien un jour que la question de l\u2019acc\u00e8s des sourds \u00e0 l\u2019hypnose soit pos\u00e9e. De fait, cette question, dans d\u2019autres pays que la France, avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9j\u00e0 pos\u00e9e depuis longtemps, aux \u00c9tats-Unis par exemple. Je citerai une \u00e9tude publi\u00e9e en 1990<sup>1<\/sup> par deux chercheurs nord-am\u00e9ricains de l\u2019universit\u00e9 de Amherst dans le Massachusetts, conjointement avec un professeur de l\u2019universit\u00e9 Gallaudet de Washington, laquelle accueille des milliers de sourds et repr\u00e9sente un des phares de la culture sourde et de la langue des signes aux \u00c9tats-Unis. Cette \u00e9tude comparait l\u2019induction hypnotique et ses effets sur des sujets sourds et sur des sujets entendants par le recours \u00e0 des m\u00e9thodes directes versus des m\u00e9thodes indirectes d\u2019induction. Je n\u2019entrerai pas dans les d\u00e9tails de cette \u00e9tude. On y soulevait l\u2019hypoth\u00e8se selon laquelle les sujets sourds pr\u00e9senteraient une plus grande r\u00e9sistance \u00e0 l\u2019induction hypnotique. Mais l\u2019article finissait par conclure prudemment que l\u2019\u00e9tude ne mettait pas en \u00e9vidence de diff\u00e9rences significatives entre sourds et entendants. Le degr\u00e9 soi-disant plus faible d\u2019hypnotisabilit\u00e9 des sujets sourds, ou encore le temps n\u00e9cessaire \u00e0 l\u2019entr\u00e9e dans une transe, qu\u2019on pourrait croire plus long pour les sujets sourds que pour les sujets entendants, n\u2019avaient rien de constitutionnels mais \u00e9taient plut\u00f4t \u00e0 mettre sur le compte d\u2019une s\u00e9rie de facteurs culturels et linguistiques dont l\u2019effet \u00e9tait d\u2019entraver l\u2019empathie, \u00e0 commencer par le fait que dans cette \u00e9tude l\u2019hypnotiseur \u00e9tait entendant et le sujet sourd. L\u2019analyse concluait que de nombreux crit\u00e8res d\u2019\u00e9valuation n\u2019avaient pas \u00e9t\u00e9 pris en compte (comme le type de communication, la qualit\u00e9 de la langue des signes ou le sexe de chacun des participants) et laissait entendre que des \u00e9tudes futures o\u00f9 des sourds m\u00e8neraient eux-m\u00eames des exp\u00e9riences d\u2019induction hypnotique pourraient bien montrer qu\u2019il n\u2019y a pas de diff\u00e9rences d\u2019essence entre sourds et entendants.<\/span><\/span><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 18pt;\"><span style=\"color: #000000;\">Dans ce domaine comme dans d\u2019autres, il est maintenant admis (mais cela a fait l\u2019objet de nombreux d\u00e9bats tout au long du 20<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle dans de nombreux pays) qu\u2019il n\u2019y a pas de \u00ab\u00a0psychologie de la personne sourde\u00a0\u00bb et que les affections mentales, les expressions de sympt\u00f4mes et les structures de personnalit\u00e9 des sujets sourds sont strictement homologues \u00e0 celles des sujets entendants. Si la sant\u00e9 mentale des sourds est plus souvent alt\u00e9r\u00e9e que celle des entendants de niveau socio-\u00e9conomique \u00e9quivalent, ainsi que l\u2019ont montr\u00e9 plusieurs \u00e9tudes men\u00e9es en Europe, cela rel\u00e8ve des conditions sociales de vie de sourds, plus profond\u00e9ment marqu\u00e9es par l\u2019exclusion sociale, les discriminations et les carences de communication sign\u00e9e, et non de la d\u00e9ficience auditive elle-m\u00eame, argument qu\u2019utilisent encore les tenants d\u2019une perspective essentialiste et naturaliste de la question.<\/span><\/span><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 18pt;\"><span style=\"color: #000000;\">Avant toute chose, je souhaiterais pr\u00e9ciser que j\u2019ai h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 venir pr\u00e9senter ici une pratique et des r\u00e9sultats qui sont encore trop r\u00e9centes pour moi, et trop peu fournis pour m\u00e9riter qu\u2019on en fasse acte. N\u00e9anmoins, j\u2019esp\u00e8re vous montrer que la pratique de l\u2019hypnose et de l\u2019hypnoth\u00e9rapie par les sourds et en direction des sourds soul\u00e8ve un ensemble de questions passionnantes dont la prise en consid\u00e9ration pourrait bien contribuer en retour \u00e0 l\u2019enrichissement de la th\u00e9orie et de la pratique de l\u2019hypnose en g\u00e9n\u00e9ral.<\/span><\/span><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 18pt;\"><span style=\"color: #000000;\">J\u2019en viens donc aux premi\u00e8res initiatives de l\u2019UNISS, l\u2019unit\u00e9 de la Salp\u00eatri\u00e8re, en mati\u00e8re d\u2019hypnose. Je brosserai ici rapidement le contexte dans lequel ont \u00e9t\u00e9 effectu\u00e9es les premi\u00e8res tentatives de plus grande ampleur.<\/span><\/span><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 18pt;\"><span style=\"color: #000000;\">Sur un plan personnel, je peux dire que, ayant effectu\u00e9 un certain parcours dans l\u2019hypnoth\u00e9rapie, depuis plusieurs ann\u00e9es je tentais de r\u00e9pondre autrement que par la prescription de m\u00e9dicaments aux multiples demandes et difficult\u00e9s psychologiques de sujets sourds qui me demandaient de les soulager de leurs crises d\u2019anxi\u00e9t\u00e9, de phobies diverses ou des effets de traumatismes sexuels ou de violences physiques dont il avaient \u00e9t\u00e9 victimes, un sujet dont on a longtemps sous-estim\u00e9 la fr\u00e9quence concernant la population sourde. Il m\u2019\u00e9tait relativement facile de proposer des s\u00e9ances de relaxation, de permettre l\u2019instauration de transes moyennes et de favoriser ainsi la circulation et la transformation d\u2019affects et de souvenirs anxiog\u00e8nes. Form\u00e9 \u00e0 la langue des signes, j\u2019essayais de transposer dans cette langue les techniques d\u2019induction hypnotique conversationnelle que j\u2019avais apprises dans mon propre habitus, celui d\u2019un entendant s\u2019exprimant en langue orale. Mais je ne me suis jamais compl\u00e8tement d\u00e9parti d\u2019une attitude prudente sinon timor\u00e9e, j\u2019avan\u00e7ais seul dans ma recherche et mon sentiment d\u2019isolement par rapport \u00e0 cette pratique en milieu sourd me faisait douter de jamais obtenir que nous soyons un jour plus nombreux \u00e0 nous y confronter, ceci expliquant cela, au moins en partie.<\/span><\/span><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 18pt;\"><span style=\"color: #000000;\">Parall\u00e8lement, ma concentration sur les soins de sourds m\u2019avait quelque peu isol\u00e9 de mes coll\u00e8gues psychiatres de la Piti\u00e9-Salp\u00eatri\u00e8re et je ne m\u2019\u00e9tais pas rendu compte \u00e0 mon arriv\u00e9e dans cet h\u00f4pital que l\u2019hypnose \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 une pratique assez r\u00e9pandue, sous des formes assez diverses, dans plusieurs services, et que m\u00eame un DU de troisi\u00e8me cycle d\u2019hypnose m\u00e9dicale \u00e9tait propos\u00e9 aux soignants.<\/span><\/span><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 18pt;\"><span style=\"color: #000000;\">Le jour est donc venu o\u00f9 j\u2019ai pris contact avec l\u2019ARCHE, et c\u2019est ainsi que j\u2019ai re\u00e7u la visite de K\u00e9vin Finel, lequel m\u2019a rapidement dirig\u00e9 vers Pierre-Alain P\u00e9rez. Mais des lenteurs institutionnelles n\u2019ont pas permis que notre collaboration se mette tout de suite en place et qu\u2019un partenariat entre nos deux institutions se concr\u00e9tise. Pierre-Alain, lui, ne nous a pas attendus pour prendre des initiatives en direction de la population sourde. Il a ainsi mis en route des ateliers o\u00f9 des s\u00e9ances de transe hypnotique \u00e9taient propos\u00e9es \u00e0 des sourds se portant volontaires. Il ne s\u2019agissait pas de mener des th\u00e9rapies, mais d\u2019\u00e9tudier, je crois pour la premi\u00e8re fois pour les membres de l\u2019ARCHE, les processus d\u2019induction hypnotique et la transe de sujets sourds volontaires, dans un cadre qui avait \u00e9t\u00e9 pr\u00e9alablement bien d\u00e9fini. Pierre-Alain pourrait en parler mieux que moi qui n\u2019ai pas assist\u00e9 \u00e0 ces s\u00e9ances, lesquelles avaient lieu dans les locaux de l\u2019ARCHE. Les s\u00e9ances \u00e9taient int\u00e9gralement film\u00e9es, avec l\u2019accord des sujets. L\u2019un des obstacles, de taille, \u00e9tait de nature linguistique, entre hypnotiseurs parlant le fran\u00e7ais oral et sourds s\u2019exprimant en langue des signes. Il fut partiellement lev\u00e9 par la pr\u00e9sence d\u2019interpr\u00e8tes ou d\u2019accompagnateurs entendants des volontaires sourds. Les \u00e9changes verbaux \u00e9taient donc interpr\u00e9t\u00e9s en d\u00e9but et en fin de s\u00e9ance, pla\u00e7ant \u00e0 ce moment l\u2019interpr\u00e8te ou l\u2019accompagnateur en position tierce entre le sujet sourd et l\u2019hypnoth\u00e9rapeute. La transe elle-m\u00eame se d\u00e9roulait de mani\u00e8re silencieuse si je me r\u00e9f\u00e8re \u00e0 la sonorit\u00e9, la communication s\u2019\u00e9tablissant alors sur un mode tactile\u00a0: contacts entre les mains des participants, points d\u2019ancrage avec un ou plusieurs doigts, etc. La s\u00e9ance termin\u00e9e, les s\u00e9quences vid\u00e9os \u00e9taient visionn\u00e9es, analys\u00e9es dans leur d\u00e9roulement et d\u00e9crites par \u00e9crit. Ces analyses ont permis d\u2019habituer les exp\u00e9rimentateurs entendants au contact des sujets sourds et de favoriser l\u2019empathie en diminuant les facteurs de malaise, parfois partag\u00e9 d\u2019ailleurs et in\u00e9vitablement li\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9tranget\u00e9 et \u00e0 la nouveaut\u00e9 de la situation.<\/span><\/span><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 18pt;\"><span style=\"color: #000000;\">Fort de ces exp\u00e9riences, Pierre-Alain P\u00e9rez m\u2019a propos\u00e9 de franchir un pas en s\u2019associant \u00e0 des consultations de patients sourds de notre unit\u00e9, mais dans un but cette fois-ci plus directement th\u00e9rapeutique. C\u2019est ainsi que nous avons re\u00e7u deux patients \u00e0 intervalles plus ou moins r\u00e9guliers sur une p\u00e9riode de deux ans. La premi\u00e8re \u00e9tait une patiente sourde pr\u00e9sentant diverses manifestations d\u2019anxi\u00e9t\u00e9, l\u2019une surtout survenant dans un contexte particulier\u00a0: elle avait une phobie du vent. Le moindre souffle d\u2019air provoquait un sentiment de panique en elle et il lui fallait alors se prot\u00e9ger s\u00e9ance tenante en s\u2019isolant de ces mouvements a\u00e9riens. Le deuxi\u00e8me patient pr\u00e9sentait une histoire plus complexe de d\u00e9racinement ou de d\u00e9faut d\u2019enracinement, d\u2019isolement relationnel r\u00e9sultant de carences affectives et communicationnelles familiales et sociales, avec des manifestations d\u2019anxi\u00e9t\u00e9 et de subexcitation logorrh\u00e9ique, des propos paraissant souvent confus sinon d\u00e9lirants et de grandes difficult\u00e9s \u00e0 trouver sa place dans une relation affective ou sexuelle. La premi\u00e8re personne a fini par interrompre ses consultations, sa symptomatologie s\u2019\u00e9tait nettement att\u00e9nu\u00e9e, tandis que le deuxi\u00e8me patient poursuit encore ses s\u00e9ances qui lui apportent une meilleure stabilit\u00e9, un ralentissement de son id\u00e9ation et de son comportement et un apaisement \u00e9vident tandis que nous avons pu constater une accroissement de son sentiment de s\u00e9curit\u00e9 lui permettant une meilleure structuration de son monde int\u00e9rieur chaotique.<\/span><\/span><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 18pt;\"><span style=\"color: #000000;\">Aujourd\u2019hui je fais plusieurs constats sur la pratique de l\u2019hypnose parmi les sourds.<\/span><\/span><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 18pt;\"><span style=\"color: #000000;\">Tout d\u2019abord, comme nous organisons des \u00e9changes r\u00e9guliers entre les 20 unit\u00e9s de soins des sourds de France, je me suis rendu compte que plusieurs de mes coll\u00e8gues psychiatres ou somaticiens pratiquant la langue de signes avait d\u00e9j\u00e0 re\u00e7u une formation en hypnose et commen\u00e7aient \u00e0 y recourir dans leurs consultations. Pierre-Alain P\u00e9rez est venu leur pr\u00e9senter nos travaux de la Salp\u00eatri\u00e8re lors de nos journ\u00e9es nationales en 2015, et d\u2019autre part il a donn\u00e9 une conf\u00e9rence au succ\u00e8s retentissant \u00e0 la Cit\u00e9 des sciences et de l\u2019industrie, conf\u00e9rence interpr\u00e9t\u00e9e en langue des signes pour un public compos\u00e9 essentiellement de sourds, venus en tr\u00e8s grand nombre pour s\u2019informer. Mes coll\u00e8gues des unit\u00e9s et moi-m\u00eame n\u2019avons pas encore organis\u00e9 entre nous de confrontations sp\u00e9cifiques sur l\u2019hypnoth\u00e9rapie mais le temps est proche o\u00f9 cela se fera.<\/span><\/span><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 18pt;\"><span style=\"color: #000000;\">Le deuxi\u00e8me constat est celui de la diffusion de la pratique de l\u2019hypnose dans le public sourd. Dans l\u2019histoire de l\u2019hypnose comme dans tant d\u2019autres champs qui n\u2019ont rien \u00e0 voir avec elle, il faut se m\u00e9fier de r\u00e9inventer la poudre. Les sourds, c\u2019est vrai, ne recevaient pas, et ne re\u00e7oivent pas encore tout \u00e0 fait, autant d\u2019informations que les entendants dans quantit\u00e9s de domaines. N\u00e9anmoins, ils n\u2019ignorent pas compl\u00e8tement, et pas tous, les pratiques hypnotiques et la transe. Il existe un savoir et des pratiques, conscientes ou non, singuli\u00e8res-priv\u00e9es ou collectives, chez les sourds, et il est du plus haut int\u00e9r\u00eat pour un th\u00e9rapeute de recueillir les informations qui circulent parmi la population sourde. Il y a des tr\u00e9sors \u00e0 puiser dans ces savoirs, implicites ou explicites, et cela nous met, nous autres entendants, au parfum des \u00e9l\u00e9ments culturels auxquels nous pourrons avoir recours dans une s\u00e9ance pour instaurer une transe. Parmi ces \u00e9l\u00e9ments, il est essentiel d\u2019\u00eatre \u00e0 l\u2019aise avec le vocabulaire en signes de l\u2019hypnose. Recueillir les signes qui la d\u00e9signent et qui la d\u00e9crivent, rep\u00e9rer les pratiques qui ont cours parmi les sourds (le yoga, la m\u00e9ditation, la radiesth\u00e9sie, la relaxation, le zen, etc.), cela impose de se familiariser avec les images, les m\u00e9taphores et la gestuelle de l\u2019hypnose en milieu sourd, mais aussi cela nous confronte \u00e0 la question de la traduction d\u2019une langue vers l\u2019autre. Il n\u2019y a pas de plus belle occasion de discuter d\u2019un concept que de passer par la traduction. Le passage de la langue fran\u00e7aise vers la langue de signes et de la langue des signes vers le fran\u00e7ais oblige \u00e0 revisiter les concepts. Il met en lumi\u00e8re les ambigu\u00eft\u00e9s des mots et des signes, \u00e0 commencer par ce fameux mot d\u2019hypnose qui, comme chacun sait, associe \u00e9tymologiquement la transe au sommeil, dont elle diff\u00e8re pourtant fondamentalement, en m\u00eame temps qu\u2019en signes, la plupart des d\u00e9signations de l\u2019hypnose d\u00e9laissent compl\u00e8tement l\u2019aspect du sommeil, et bien d\u2019autres aspects encore, pour tout concentrer, quoi de moins \u00e9tonnant pour un sourd, sur le regard et la vision. Il faut donc bien se garder de croire que l\u2019hypnose, pour les sourds, s\u2019inscrit sur une <em>tabula rasa<\/em>. Tout un fond de signes, de concepts et de pratiques relatifs \u00e0 l\u2019hypnose existe bel et bien, le plus souvent ignor\u00e9 de la plupart des entendants, professionnels ou non.<\/span><\/span><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 18pt;\"><span style=\"color: #000000;\">Une troisi\u00e8me observation concerne la sensorialit\u00e9 des sourds. La communication d\u2019un sourd privil\u00e9gie ce que l\u2019on appelle commun\u00e9ment le canal visuo-gestuel, son organisation sensorielle n\u2019autorisant pas les \u00e9changes audio-vocaux. Ainsi, parlant d\u2019\u00e9coute, habituellement les sourds font le signe suivant\u00a0: (pouce et doigts faisant un C ouvert devant l\u2019orbite de l\u2019\u0153il), marquant par l\u00e0 que le dispositif d\u2019\u00e9coute, pour eux, est visuel\u00a0: un sourd \u00e9coute avec ses yeux, l\u00e0 o\u00f9 un entendant ferait le m\u00eame geste devant son oreille.<\/span><\/span><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 18pt;\"><span style=\"color: #000000;\">Mais, quand bien m\u00eame l\u2019un des syst\u00e8mes perceptuels, l\u2019audition, fait d\u00e9faut, les sourds peuvent user de tous les autres syst\u00e8mes perceptifs (et bien au-del\u00e0 des quatre autres sens dont nous savons qu\u2019ils sont bien plus nombreux que cela) sur lesquels se met en branle la veille partielle. Mais il y a plus encore\u00a0: il ne leur manque rien au niveau de ce que d\u2019aucuns nomment la <em>perceptude<\/em>, ou encore la transmodalit\u00e9 sensorielle, qui, elle, ne reposant pas sur des r\u00e9cepteurs sensoriels sp\u00e9cifiques, autorise la perception globale, ou encore le sentir ensemble, qui d\u00e9finit la veille g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e, c\u2019est \u00e0 dire la transe. Contrairement aux entendants qui, eux, lors d\u2019une transe hypnotique, peuvent continuer \u00e0 entendre (au moins dans certaines conditions), un sourd qui ferme les yeux entrave aussi son canal privil\u00e9gi\u00e9 de communication, cr\u00e9ant ainsi une double privation sensorielle. La poursuite de la communication au cours de la transe impose donc que celle-ci devienne tactile. La communication gestuelle-tactile est d\u2019usage courant pour certains hypnoth\u00e9rapeutes, bien que pas pour tous. Elle est une n\u00e9cessit\u00e9 incontournable d\u00e8s lors qu\u2019on s\u2019adresse \u00e0 un sujet sourd, et, <em>a fortiori<\/em>, \u00e0 un sujet sourd-aveugle \u2013 je rappellerai ici qu\u2019il existe en France une dizaine de milliers de personnes sourdes-aveugles, ou sourdes-malvoyantes, ou malentendantes-malvoyantes, qui ont toutes la capacit\u00e9 de vivre des \u00e9tats de transe hypnotique et qui, toutes, ont le droit d\u2019avoir acc\u00e8s \u00e0 l\u2019hypnoth\u00e9rapie. Un immense champ d\u2019investigations s\u2019ouvre donc aux chercheurs et aux praticiens de l\u2019hypnose, et j\u2019esp\u00e8re que des recherches \u00e0 venir se pencheront en France sur ces terrains peu fr\u00e9quent\u00e9s. Je suis heureux de la collaboration entre l\u2019UNISS et l\u2019ARCHE et je souhaite que nous d\u00e9veloppions ce partenariat naissant.<\/span><\/span><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 18pt;\"><span style=\"color: #000000;\">Je vous remercie de votre attention.<\/span><\/span><\/h5>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><strong><span style=\"font-size: 18pt;\">Notes<\/span><\/strong><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 18pt;\"><span style=\"color: #000000;\"><sup>1 <\/sup>William J. Matthews and Gail L. Isenberg, Hypnotic Inductions with Deaf and Hearing Subjects \u2013 An Initial Comparison\u00a0: A Brief Communication, <em>The International Journal of Clinical and Experimental Hypnosis<\/em>, 1992, Vol. XI, N\u00b0 1, 7-11.<\/span><\/span><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><\/h5>\n<h5><\/h5>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Fin d\u00e9cembre 1997, le premier ministre Lionel Jospin demandait \u00e0 la d\u00e9put\u00e9e du Val d\u2019Oise Dominique Gillot de pr\u00e9senter un rapport sur la situation des sourds en France, et plus particuli\u00e8rement sur celle des sourds locuteurs de la langue des signes. 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