{"id":1203,"date":"2018-12-29T17:45:29","date_gmt":"2018-12-29T16:45:29","guid":{"rendered":"http:\/\/alexiskaracostas.fr\/?p=1203"},"modified":"2018-12-30T11:56:43","modified_gmt":"2018-12-30T10:56:43","slug":"dire-et-evaluer-la-douleur-en-langue-des-signes-journee-du-clud-hopital-11-avril-2013","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/alexiskaracostas.fr\/?p=1203","title":{"rendered":"\u2666 Dire et \u00e9valuer la douleur en langue des signes <br\/> Journ\u00e9e du CLUD, H\u00f4pital  \u00c9mile-Roux (94) <br\/>(11 avril 2013)"},"content":{"rendered":"<h5 style=\"text-align: justify;\"><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 18pt; color: #000000;\"><strong>A &#8211; Les unit\u00e9s d\u2019accueil et de soins des sourds, une histoire r\u00e9cente.<\/strong><\/span><\/h5>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 18pt; color: #000000;\">La premi\u00e8re unit\u00e9 d\u2019accueil et de soins des sourds a vu le jour en 1995, \u00e0 l\u2019h\u00f4pital Piti\u00e9-Salp\u00eatri\u00e8re. Le constat de l\u2019inad\u00e9quation du syst\u00e8me de sant\u00e9 fran\u00e7ais \u00e0 la population sourde avait d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 fait depuis plus d\u2019une d\u00e9cennie par quelques m\u00e9decins et psychiatres, mais ce sont les ravages de l\u2019\u00e9pid\u00e9mie du sida qui ont convaincu les pouvoirs publics de la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019ouvrir une consultation en langue des signes. Le succ\u00e8s de cette consultation a fait que dix, puis quinze unit\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9es et fonctionnent actuellement en France. De tailles in\u00e9gales et ne couvrant pas encore la totalit\u00e9 des soins de sp\u00e9cialit\u00e9, ces unit\u00e9s ne couvrent pas encore l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 du territoire fran\u00e7ais. Elles sont r\u00e9gies par la circulaire d\u2019avril 2007<a style=\"color: #000000;\" href=\"#_edn1\" name=\"_ednref1\">[1]<\/a> qui en d\u00e9taille et prescrit le fonctionnement. Ce qui les distingue de toute autre unit\u00e9 de soins est que leur composition r\u00e9unit par principe des m\u00e9decins et soignants pratiquant la langue des signes, des interpr\u00e8tes fran\u00e7ais\/langue des signes et des soignants sourds dont la fonction de m\u00e9diation culturelle est essentielle car, \u00e0 leur savoir et leur savoir-faire en mati\u00e8re de soins, s\u2019ajoute le savoir-\u00eatre de la surdit\u00e9 qu\u2019ils ont v\u00e9cue depuis leur enfance et qu\u2019ils partagent avec les patients.<\/span><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 18pt; color: #000000;\">Aux usagers sourds, ces unit\u00e9s permettent d\u2019acc\u00e9der aux soins sur un pied d\u2019\u00e9galit\u00e9 avec les patients entendants et satisfont ainsi leur condition de citoyen \u00e0 part enti\u00e8re. Aux soignants, elles assurent la possibilit\u00e9 de mener \u00e0 bien des missions de sant\u00e9 et de service publics jusque l\u00e0 soumises aux malentendus voire impraticables. Mais une autre dimension vient s\u2019ajouter \u00e0 la dimension de l\u2019accessibilit\u00e9 et de la lutte contre le handicap. Les soignants ont t\u00f4t fait de constater qu\u2019en changeant de langue et en allant \u00e0 la rencontre de patients d\u2019une culture diff\u00e9rente, c\u2019est peu ou prou toute la m\u00e9decine que l\u2019on d\u00e9fait\/refait. Le passage d\u2019une langue et d\u2019une culture \u00e0 l\u2019autre ne peut s\u2019effectuer sans interroger, \u00e0 un moment ou \u00e0 un autre, les fondements du savoir m\u00e9dical courant. Lors de l\u2019\u00e9valuation des troubles cognitifs, de langage et de m\u00e9moire, par exemple, certaines questions du MMSE perdent ainsi leur sens lorsqu\u2019elles sont traduites en langue des signes. Adapter le test pour les patients sourds, c\u2019est donc non seulement le traduire, mais encore le sonder dans ses fondements et ses objectifs, c\u2019est donc porter sur la neurologie un regard neuf. Les soins des sourds sont ainsi une magnifique opportunit\u00e9 de r\u00e9viser le savoir et les pratiques m\u00e9dicales et de redonner des couleurs aux bonnes pratiques.<\/span><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 18pt; color: #000000;\">C\u2019est ainsi que certaines questions, qui comptent parmi les plus courantes, peuvent \u00eatre revues en les scrutant \u00e0 partir du point d\u2019observation que constitue la surdit\u00e9. La douleur fait partie de ces sujets auxquels la surdit\u00e9 peut servir d\u2019analyseur. Les r\u00e9flexions que je vais pr\u00e9senter ici ne sont qu\u2019une modeste contribution de ma part \u00e0 ce projet, elles repr\u00e9sentent pour moi des premiers pas.<\/span><\/h5>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 18pt; color: #000000;\"><strong>B &#8211; L\u2019expression de la douleur en langue des signes<\/strong><\/span><\/h5>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 18pt; color: #000000;\">Les langues des signes sont des langues \u00e0 part enti\u00e8re, qui peuvent donc tout ce que peut une langue et rien de plus \u2013 mais surtout rien de moins. Toutes diff\u00e9rentes bien que comportant parfois des signes communs, et reposant sur des structures grammaticales semblables, il en existe autant que de communaut\u00e9s de sourds qui la pratiquent. Articulant des mouvements des mains, des expressions mimiques et des mouvements du corps, elles empruntent le canal visuel de la communication \u2013 tout ce qui ne passe pas par l\u2019oreille passe par les yeux \u2013 et utilisent l\u2019h\u00e9micorps sup\u00e9rieur comme espace de signation.<\/span><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 18pt; color: #000000;\">Sch\u00e9matiquement, la LS se d\u00e9ploie entre un p\u00f4le de signes conventionnels, propres \u00e0 cette langue, et un p\u00f4le iconique\u00a0o\u00f9 l\u2019image ou la m\u00e9taphore gestuelle et le mime r\u00e8gnent en ma\u00eetres, rendant la communication possible m\u00eame entre deux sourds ne pratiquant pas une langue des signes commune ou entre un sourd signant et un entendant non signant.<\/span><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 18pt; color: #000000;\">L\u2019expression de la douleur n\u2019\u00e9chappe pas \u00e0 ce sch\u00e9ma et brasse variablement des signes conventionnels et des signes iconiques\u00a0:<\/span><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><\/h5>\n<ol style=\"text-align: justify;\">\n<li>\n<h5><span style=\"font-size: 18pt; color: #000000;\">a) douleur\u00a0: deux pouces qui tournent<\/span><\/h5>\n<\/li>\n<li>\n<h5><span style=\"font-size: 18pt; color: #000000;\">b) g\u00eane\u00a0: deux poings devant la poitrine, l\u2019un passe sous l\u2019autre vers le bas<\/span><\/h5>\n<\/li>\n<li>\n<h5><span style=\"font-size: 18pt; color: #000000;\">c) souffrance\u00a0: deux poings qui tournent devant la poitrine<\/span><\/h5>\n<\/li>\n<li>\n<h5><span style=\"font-size: 18pt; color: #000000;\">d) hypersensibilit\u00e9\u00a0ou \u00e9lancement : pichenette pouce\/m\u00e9dius, dirig\u00e9e vers l\u2019endroit douloureux<\/span><\/h5>\n<\/li>\n<li>\n<h5><span style=\"font-size: 18pt; color: #000000;\">e) crampe\u00a0: deux index en vrille qui s\u2019\u00e9loignent l\u2019un de l\u2019autre<\/span><\/h5>\n<\/li>\n<li>\n<h5><span style=\"font-size: 18pt; color: #000000;\">f) claquement\u00a0: les deux index se s\u00e9parent brutalement, l\u2019un pointant vers le haut<\/span><\/h5>\n<\/li>\n<li>\n<h5><span style=\"font-size: 18pt; color: #000000;\">g) piq\u00fbre\u00a0: pouce index, mouvement de va-et-vient<\/span><\/h5>\n<\/li>\n<li>\n<h5><span style=\"font-size: 18pt; color: #000000;\">h) \u00e9crasement\u00a0: deux paumes qui se joignent et tournent en sens contraire<\/span><\/h5>\n<\/li>\n<li>\n<h5><span style=\"font-size: 18pt; color: #000000;\">i) serrement\u00a0: un poing ou deux poings serr\u00e9s qui tournent en sens inverse<\/span><\/h5>\n<\/li>\n<li>\n<h5><span style=\"font-size: 18pt; color: #000000;\">j) pincement\u00a0: pouce rejoignant le plat des doigts<\/span><\/h5>\n<\/li>\n<li>\n<h5><span style=\"font-size: 18pt; color: #000000;\">k) d\u00e9chirure\u00a0: deux pinces pouce-index qui s\u2019\u00e9loignent<\/span><\/h5>\n<\/li>\n<li>\n<h5><span style=\"font-size: 18pt; color: #000000;\">l) fourmillement\u00a0: tous les doigts se plient\/se d\u00e9plient, d\u00e9synchronis\u00e9s<\/span><\/h5>\n<\/li>\n<li>\n<h5><span style=\"font-size: 18pt; color: #000000;\">m) irradiations cou vers t\u00eate\u00a0: l\u2019index devient tous les doigts<\/span><\/h5>\n<\/li>\n<li>\n<h5><span style=\"font-size: 18pt; color: #000000;\">n) torticolis\u00a0: immobilit\u00e9 du cou et de la t\u00eate par rapport au tronc<\/span><\/h5>\n<\/li>\n<li>\n<h5><span style=\"font-size: 18pt; color: #000000;\">o) douleur t\u00e9r\u00e9brante\u00a0: index point\u00e9 en vrille<\/span><\/h5>\n<\/li>\n<li>\n<h5><span style=\"font-size: 18pt; color: #000000;\">p) c\u00e9phal\u00e9e\u00a0: \u00e9tau de deux poings qui tournent en sens inverse sur les tempes<\/span><\/h5>\n<\/li>\n<li>\n<h5><span style=\"font-size: 18pt; color: #000000;\">q) br\u00fblure\u00a0: signe \u00ab\u00a0feu\u00a0\u00bb<\/span><\/h5>\n<\/li>\n<\/ol>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 18pt; color: #000000;\">Dans tous les cas, ces signes s\u2019accompagnent de l\u2019expression douloureuse du visage, les sourcils se resserrent et les yeux se plissent ou se ferment, parfois la t\u00eate se d\u00e9tourne, d\u2019autant plus que la douleur est intense.<\/span><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 18pt; color: #000000;\">Le pointage de l\u2019index ou l\u2019usage de la main enti\u00e8re est, remarquons-le, d\u2019une aide pr\u00e9cieuse pour d\u00e9signer l\u2019emplacement de la douleur.<\/span><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 18pt; color: #000000;\">Les signes de la douleur peuvent \u00eatre associ\u00e9s \u00e0 d\u2019autres signes fournissant des informations suppl\u00e9mentaires\u00a0: grattage indiquant le prurit\u2026<\/span><\/h5>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 18pt; color: #000000;\"><strong>C \u2013 Pragmatique des signes<\/strong><\/span><\/h5>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ul style=\"text-align: justify;\">\n<li>\n<h5><span style=\"font-size: 18pt; color: #000000;\">Du c\u00f4t\u00e9 du patient sourd<\/span><\/h5>\n<\/li>\n<\/ul>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 18pt; color: #000000;\">La douleur d\u00e9pend tout autant des circonstances de sa survenue que de l\u2019\u00eatre-au-monde de la personne chez qui elle survient, c\u2019est-\u00e0-dire de sa relation \u00e0 soi-m\u00eame, \u00e0 autrui et \u00e0 l\u2019environnement. Elle est un fait sensoriel autant qu\u2019un \u00e9v\u00e9nement affectif et s\u2019inscrit dans une culture, une histoire, des valeurs et une exp\u00e9rience pass\u00e9e et cumulative de la douleur.<\/span><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 18pt; color: #000000;\">\u00ab\u00a0Le ressenti de la douleur (\u2026) est d\u2019abord un fait personnel et intime qui \u00e9chappe \u00e0 toute mesure, \u00e0 toute tentative de le cerner et de le d\u00e9crire, \u00e0 toute volont\u00e9 de dire \u00e0 l\u2019autre son intensit\u00e9 et sa nature. La douleur est un \u00e9chec radical du langage. Enferm\u00e9e dans l\u2019obscurit\u00e9 de la chair, elle est r\u00e9serv\u00e9e \u00e0 la d\u00e9lib\u00e9ration intime de l\u2019individu. (\u2026) Elle suscite le cri, la plainte, le g\u00e9missement, les pleurs ou le silence, c\u2019est-\u00e0-dire autant de d\u00e9faillances de la parole et de la pens\u00e9e.\u00a0\u00bb<a style=\"color: #000000;\" href=\"#_edn2\" name=\"_ednref2\">[2]<\/a><\/span><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 18pt; color: #000000;\">\u00ab\u00a0La douleur dite n\u2019est jamais la douleur v\u00e9cue. (\u2026) L\u2019homme s\u2019efforce de d\u00e9jouer l\u2019impuissance du langage. Et la douleur est une, enferm\u00e9e dans l\u2019intimit\u00e9 d\u2019un homme qui cherche en vain \u00e0 la traduire aux autres qui ne peuvent l\u2019entendre que par d\u00e9faut, par une traduction qui, plus que jamais, est trahison.\u00a0\u00bb<a style=\"color: #000000;\" href=\"#_edn3\" name=\"_ednref3\">[3]<\/a>.<\/span><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 18pt; color: #000000;\">Il n\u2019en demeure pas moins qu\u2019on peut tenter de d\u00e9crire certains aspects de la douleur\u00a0: depuis quand\u00a0est-elle apparue ? O\u00f9\u00a0se situe-t-elle et vers o\u00f9 se dirige-t-elle ? Quelle est son intensit\u00e9\u00a0? Quelle est sa fr\u00e9quence ? A quoi ressemble-t-elle\u00a0?<\/span><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 18pt; color: #000000;\">L\u2019expression verbale de la douleur, f\u00fbt-elle sign\u00e9e, ne va pas de soi. Comme la mise en mots, la mise en signes de la douleur est un processus complexe qui n\u00e9cessite une bonne ma\u00eetrise de la langue. Elle signe une prise de distance vis-\u00e0-vis de la douleur, voire une tentative de s\u2019en extraire. \u00c0 l\u2019inverse, la r\u00e9duction de toute parole au cri ou au silence atteste l\u2019intensit\u00e9 et l\u2019actualit\u00e9 de la douleur et l\u2019impossibilit\u00e9 radicale de la dire. L\u2019anecdote bien connue rapport\u00e9e par Sigmund Freud est \u00e0 ce titre \u00e9clairante\u00a0: \u00ab\u00a0Le m\u00e9decin qui doit assister \u00e0 l\u2019accouchement de la baronne d\u00e9clare que le moment n\u2019est pas encore venu et propose au baron une partie de cartes dans la chambre voisine. Quelque temps apr\u00e8s, un appel de la baronne, en fran\u00e7ais, retentit \u00e0 l\u2019oreille des deux messieurs\u00a0: \u00ab\u00a0Ah\u00a0! Mon Dieu, que je souffre\u00a0!\u00a0\u00bb. Le mari sursaute, mais le m\u00e9decin demeure calme\u00a0: \u00ab\u00a0Ce n\u2019est rien, jouons toujours\u00a0\u00bb. Un peu plus tard un g\u00e9missement, cette fois en allemand\u00a0: \u00ab\u00a0Dieu, Dieu, que je souffre\u00a0!\u00a0\u00bb \u2013 \u00ab\u00a0Voulez-vous entrer, monsieur le professeur\u00a0?\u00a0\u00bb dit le baron. \u2013 \u00ab\u00a0Ce n\u2019est pas encore le moment.\u00a0\u00bb Enfin on entend dans la chambre voisine un cri inarticul\u00e9 en yiddish\u00a0: \u00ab\u00a0Ai, ai waih\u00a0\u00bb\u00a0; alors le m\u00e9decin jette ses cartes et dit\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est le moment\u00a0!\u00a0\u00bb<a style=\"color: #000000;\" href=\"#_edn4\" name=\"_ednref4\">[4]<\/a>. Et Freud d\u2019ajouter en commentaire que cette histoire montre que \u00ab\u00a0la douleur fait surgir la nature primitive en d\u00e9pit des entraves de l\u2019\u00e9ducation\u00a0\u00bb.<\/span><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 18pt; color: #000000;\">Cette hi\u00e9rarchisation des modalit\u00e9s du dire la douleur entre en jeu dans l\u2019expression gestuelle des patients sourds. La difficult\u00e9 de la mise en signes de la douleur promeut l\u2019expression du corps tout entier\u00a0: le patient sourd se met debout, agite les bras, marche, se balance, crie, etc. L\u2019expression du corps entier est d\u2019autant plus utilis\u00e9e que le patient est dans la difficult\u00e9 de s\u2019exprimer en une langue des signes conventionnelle : patients avec retard mental, ou encore linguistiquement carenc\u00e9s, ou avec trouble mental ou du comportement. La capacit\u00e9 de mettre en signes la douleur d\u00e9pend de la capacit\u00e9 \u00e0 verbaliser, \u00e0 utiliser des images, \u00e0 organiser un r\u00e9cit, ce qui n\u2019est gu\u00e8re \u00e9vident pour tous les patients, sans parler de la crainte que suscitent la rencontre avec le m\u00e9decin et les traitements qui sont susceptibles d\u2019\u00eatre propos\u00e9s voire impos\u00e9s, sans consentement ou compr\u00e9hension v\u00e9ritable de la part du patient comme cela lui est souvent arriv\u00e9 dans son pass\u00e9.<\/span><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 18pt; color: #000000;\">La capacit\u00e9 de narration est particuli\u00e8rement mise en \u00e9vidence lorsque le patient sourd effectue ce que l\u2019on nomme des transferts personnels\u00a0ou situationnels : d\u00e9laissant le corps entier, le locuteur transf\u00e8re son expression sur les seules mains, d\u00e9sidentifiant le narrateur de l\u2019action (qui devient une sorte d\u2019observateur de la sc\u00e8ne) de l\u2019acteur de cette m\u00eame action. Un exemple, lors d\u2019une lombalgie\u00a0: pointage des lombes pour d\u00e9signer l\u2019emplacement de la douleur, puis transfert sur l\u2019avant-bras et la main verticaux qui se penchent en avant\u00a0; ce mouvement d\u2019inclinaison s\u2019interrompt quand la douleur appara\u00eet (mimique douloureuse), tandis que lors du redressement de l\u2019avant-bras et de la main l\u2019expression de douleur dispara\u00eet.<\/span><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 18pt; color: #000000;\">Cette distanciation est encore augment\u00e9e par le recours aux images\u00a0: par petites touches, le patient tentera d\u2019\u00e9voquer ainsi sa douleur. Il pourra aussi accompagner la description de la douleur du r\u00e9cit des circonstances dans lesquelles celle-ci est apparue\u00a0: br\u00fblure de la paume s\u2019exprimant par le retrait brutal de la main et l\u2019expression de la douleur sur le visage, puis douleur devenant pulsatile (signe\u00a0: paume contre paume, une main se contracte par alternance sur l\u2019autre immobile), puis expression de soulagement quand elle s\u2019att\u00e9nue. Ou encore\u00a0: joignant le geste \u00e0 la voix, le locuteur exprime la douleur par un cri et une expression douloureuse du visage en faisant le signe d\u2019une articulation qui plie (deux poings en vis-\u00e0-vis apr\u00e8s d\u00e9signation par pointage de l\u2019articulation du genou, choc et expression douloureuse du visage. Ce type de description, tr\u00e8s efficace, associe ainsi le lieu de la douleur, l\u2019action d\u00e9clenchante et le moment de sa survenue dans la s\u00e9quence temporelle. Dernier exemple\u00a0de description de la douleur autant que du processus qui est en cause : dans le cas d\u2019un hallux valgus, main gauche \u00e0 plat horizontale, l\u2019autre \u00e0 plat verticale se plie sur le bord interne de la main gauche, avec expression douloureuse du visage.<\/span><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><\/h5>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ul style=\"text-align: justify;\">\n<li>\n<h5><span style=\"font-size: 18pt; color: #000000;\">Du c\u00f4t\u00e9 du soignant signeur<\/span><\/h5>\n<\/li>\n<\/ul>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 18pt; color: #000000;\">S\u2019il est demand\u00e9 \u00e0 un patient de mettre en \u0153uvre ses capacit\u00e9s de narration, l\u2019effort de d\u00e9chiffrement du sympt\u00f4me est tout autant du c\u00f4t\u00e9 du m\u00e9decin. Les questions du m\u00e9decin doivent orienter le patient, mais doivent aussi lui laisser la libert\u00e9 d\u2019exprimer des propositions auxquelles le m\u00e9decin ne s\u2019attend pas, qui ne sont des r\u00e9ponses \u00e0 aucune question. Il y a donc ajustement permanent de la relation entre les deux interlocuteurs, o\u00f9 la culture et les capacit\u00e9s d\u2019expression de chacun sont en jeu. Il est donc essentiel que le soignant soit \u00e0 l\u2019aise dans son expression sign\u00e9e et le fasse sentir, pour d\u00e9charger le patient de la t\u00e2che ingrate qui lui incombe souvent, \u00e0 savoir celle de soutenir le pauvre signeur maladroit qu\u2019il a en face de lui, par le moyen souvent tout aussi maladroit et incompris d\u2019une oralisation et d\u2019un abandon provisoire des signes, lequel pr\u00e9cipite la communication dans un naufrage mutuel.<\/span><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 18pt; color: #000000;\">Pour le soignant signeur faisant face \u00e0 un patient ayant des difficult\u00e9s de verbalisation, il est indispensable de r\u00e9p\u00e9ter un \u00e9nonc\u00e9, m\u00eame plusieurs fois, et surtout de revenir sur l\u2019ensemble de la s\u00e9quence et du contexte situationnel\u00a0: il ne faut pas h\u00e9siter \u00e0 paraphraser et \u00e0 reprendre l\u2019encha\u00eenement des \u00e9v\u00e9nements en commen\u00e7ant parfois tr\u00e8s loin en arri\u00e8re pour arriver au point que l\u2019on veut \u00e9claircir.<\/span><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><\/h5>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 18pt; color: #000000;\"><strong>D \u2013 \u00c9valuer la douleur\u00a0: une \u00e9chelle visuelle analogique pour les sourds<\/strong><\/span><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><\/h5>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 18pt; color: #000000;\">Une recherche est actuellement en cours, pilot\u00e9e par une \u00e9quipe du CHU de Grenoble et incluant quatre unit\u00e9s de soins des sourds (Marseille, Paris, Strasbourg et Grenoble)<a style=\"color: #000000;\" href=\"#_edn5\" name=\"_ednref5\">[5]<\/a>.<\/span><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 18pt; color: #000000;\">Cette \u00e9tude, qui s\u2019adresse exclusivement aux usagers sourds, s\u2019appuiera sur plus de 300 tests (252 patients inclus \u00e0 ce jour). Elle consiste d\u2019une part \u00e0 \u00e9valuer la douleur en comparant l\u2019utilisation de la r\u00e9glette standard et celle d\u2019une r\u00e9glette cr\u00e9\u00e9e <em>ad hoc<\/em> pour les patients sourds<a style=\"color: #000000;\" href=\"#_edn6\" name=\"_ednref6\">[6]<\/a>, color\u00e9e (en rouge pour le c\u00f4t\u00e9 douloureux et en vert pour le c\u00f4t\u00e9 indolore), comportant une s\u00e9rie de visages sch\u00e9matis\u00e9s, dont l\u2019expression varie progressivement du froncement des sourcils avec plissement extr\u00eame des yeux pour le p\u00f4le de la douleur, aux traits sereins pour le p\u00f4le indolore, et quelques indications \u00e9crites en fran\u00e7ais simplifi\u00e9. D\u2019autre part, cette recherche porte sur l\u2019\u00e9valuation de la compr\u00e9hension par le patient de la question pos\u00e9e par l\u2019examinateur soit en fran\u00e7ais oral, soit en langue des signes. En utilisant s\u00e9par\u00e9ment les deux param\u00e8tres (une r\u00e8gle par rapport \u00e0 l\u2019autre) et de la langue de l\u2019entretien (fran\u00e7ais ou langue des signes) puis en les combinant, l\u2019objectif est de comparer les r\u00e9ponses du patient et de savoir si le type de r\u00e9glette utilis\u00e9e et la langue de l\u2019interrogatoire influent sur la qualit\u00e9 de la r\u00e9ponse.<\/span><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 18pt; color: #000000;\">L\u2019hypoth\u00e8se de d\u00e9part est que la pr\u00e9sence ou l\u2019absence d\u2019une langue vivante partag\u00e9e par le soignant et le patient sourd et le recours ou non aux images pourraient bien avoir un effet sur l\u2019\u00e9valuation de la douleur par le patient sourd comme par le soignant. La recherche devrait permettre aussi de d\u00e9terminer lequel des deux facteurs est le plus d\u00e9terminant. Accessoirement, il faudra se poser la question de la pertinence du recours \u00e0 des images forc\u00e9ment connot\u00e9es sur un plan culturel, toutes les cultures ne donnant pas le m\u00eame sens au rouge et au vert et ne donnant pas le m\u00eame sens aux repr\u00e9sentations sch\u00e9matiques du visage.<\/span><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 18pt; color: #000000;\">L\u2019instauration d\u2019une relation th\u00e9rapeutique n\u00e9cessite une n\u00e9gociation, un accord mutuel entre soignant et soign\u00e9. La r\u00e9alisation d\u2019une alliance th\u00e9rapeutique est le fruit d\u2019un compromis entre le m\u00e9decin qui tente d\u2019intelliger les sympt\u00f4mes du patient et le patient qui cherche \u00e0 \u00e9noncer sa v\u00e9rit\u00e9. Cette n\u00e9gociation, quelle que soit la difficult\u00e9 de dire, d\u2019\u00e9voquer ou d\u2019\u00e9valuer la douleur, ne peut faire l\u2019impasse non seulement d\u2019une langue commune au m\u00e9decin et au patient, mais encore d\u2019un savoir partag\u00e9, d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sent ou \u00e0 cr\u00e9er. L\u2019\u00e9valuation de la douleur, qui ne peut \u00eatre r\u00e9duite \u00e0 l\u2019utilisation d\u2019une r\u00e9glette, est ins\u00e9parable de l\u2019\u00eatre-au-monde du patient qui souffre et de celui du soignant qui lui fait face. La mise en sc\u00e8ne de la douleur au moyen de la langue des signes fournit des informations qualitatives d\u2019une grande richesse dont tous peuvent tirer profit.<\/span><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 18pt; color: #000000;\">Je remercie Antoine Sterckeman, interm\u00e9diateur sourd de l\u2019\u00e9quipe de l\u2019Unit\u00e9 d\u2019informations et de soins des sourds de l\u2019h\u00f4pital Piti\u00e9-Salp\u00eatri\u00e8re, et les patients de l\u2019unit\u00e9, qui m\u2019ont aid\u00e9 \u00e0 r\u00e9diger cette communication.<\/span><\/h5>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 18pt; color: #000000;\"><a style=\"color: #000000;\" href=\"#_ednref1\" name=\"_edn1\">[1]<\/a> <strong>Circulaire DHOS\/E1 n<sup>o<\/sup>\u00a02007-163 du 20\u00a0avril\u00a02007 relative aux missions, \u00e0 l\u2019organisation et au fonctionnement des unit\u00e9s d\u2019accueil et de soins des patients sourds en langue des signes\u00a0(LS).<\/strong><\/span><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 18pt; color: #000000;\"><a style=\"color: #000000;\" href=\"#_ednref2\" name=\"_edn2\">[2]<\/a> David Le Breton, <em>Anthropologie de la douleur<\/em>, Paris, M\u00e9taili\u00e9, 1995, pp. 38-39.<\/span><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 18pt; color: #000000;\"><a style=\"color: #000000;\" href=\"#_ednref3\" name=\"_edn3\">[3]<\/a> <em>Ibidem<\/em>, p. 43.<\/span><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 18pt; color: #000000;\"><a style=\"color: #000000;\" href=\"#_ednref4\" name=\"_edn4\">[4]<\/a> Sigmund Freud, <em>Le mot d\u2019esprit et ses rapports avec l\u2019inconscient<\/em>, Paris, Gallimard, 1976\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 (r\u00e9\u00e9dition de 1930), pp. 129-130.<\/span><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 18pt; color: #000000;\"><a style=\"color: #000000;\" href=\"#_ednref5\" name=\"_edn5\">[5]<\/a> \u00c9quipe Promoteur de Grenoble\u00a0:<\/span><\/h5>\n<ul style=\"text-align: justify;\">\n<li>\n<h5><span style=\"font-size: 18pt; color: #000000;\">Centre coordinateur de l\u2019\u00e9tude\u00a0: Dr Sandra David-Tchouda et Mlle Massicot, Cellule Innovations, CHU de Grenoble<\/span><\/h5>\n<\/li>\n<li>\n<h5><span style=\"font-size: 18pt; color: #000000;\">\u00c9quipe \u00e0 l\u2019initiative du projet\u00a0: Mme Isabelle S\u00e9ri\u00e8s et Dr Beno\u00eet Mongourdin, CHU de Grenoble.<\/span><\/h5>\n<\/li>\n<\/ul>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 18pt; color: #000000;\"><a style=\"color: #000000;\" href=\"#_ednref6\" name=\"_edn6\">[6]<\/a><\/span><a href=\"http:\/\/alexiskaracostas.fr\/?attachment_id=1239\" rel=\"attachment wp-att-1239\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-large wp-image-1239 aligncenter\" src=\"http:\/\/alexiskaracostas.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/douleur-723x1024.jpg\" alt=\"\" width=\"640\" height=\"906\" \/><\/a><\/h5>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>A &#8211; Les unit\u00e9s d\u2019accueil et de soins des sourds, une histoire r\u00e9cente. &nbsp; La premi\u00e8re unit\u00e9 d\u2019accueil et de soins des sourds a vu le jour en 1995, \u00e0 l\u2019h\u00f4pital Piti\u00e9-Salp\u00eatri\u00e8re. Le constat de l\u2019inad\u00e9quation du syst\u00e8me de sant\u00e9 fran\u00e7ais \u00e0 la population sourde avait d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 fait depuis plus d\u2019une d\u00e9cennie par quelques [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-1203","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-non-classe"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/alexiskaracostas.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1203","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/alexiskaracostas.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/alexiskaracostas.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/alexiskaracostas.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/alexiskaracostas.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1203"}],"version-history":[{"count":29,"href":"https:\/\/alexiskaracostas.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1203\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1245,"href":"https:\/\/alexiskaracostas.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1203\/revisions\/1245"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/alexiskaracostas.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1203"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/alexiskaracostas.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1203"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/alexiskaracostas.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1203"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}